Par quoi seront remplacées les millions de chaudières fioul que le gouvernent souhaite voir disparaître ? Successeur naturel, le granulé doit faire face aux assauts de la PAC et du gaz.

Le gouvernement donne de sa personne. Après la secrétaire d’État Brune Poirson, c’est au tour du ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, d’aller trinquer à la santé de la fin du fioul chez un ménage fraîchement passé de l’énergie fossile à la thermodynamique. « Avec ma nouvelle PAC, je vais enfin pouvoir partir en vacances », explique le retraité francilien au ministre parti en guerre contre le fioul.

Si le recul du fioul était déjà engagé et inexorable, le gouvernement a décidé de le tuer sans lui laisser le temps de souffrir. Objectif affiché : extermination de 600 000 chaudières fioul, charbon et gaz non-condensation d’ici 2 ans. Soit près de 1 000 équipements à remplacer quotidiennement.

Alors, pour se donner les moyens de son ambition, le gouvernement a sorti l’artillerie lourde et mis en place un impressionnant arsenal d’aides fiscales qui, mises bout à bout, permettent de proposer aux plus modestes d’installer une PAC en lieu et place d’une fioul pour 1 euro symbolique. (Voir P 9)

Succès de l’offre montée par le spécialiste des CEE Effy : en moins d’une semaine, 10 000 demandes. Alors, pour ce dernier l’urgence est au recrutement d’installateurs. Mais les milliers de petites entreprises d’installation ne comptent pas toutes se reposer sur un intermédiaire et envisagent de séduire elles-mêmes les ménages en leur proposant leur recette maison du millefeuille d’aides.

« Je n'apprécie pas le fait que le gouvernement mette en avant les énergéticiens comme les meilleurs intervenants pour remplacer une chaudière, en nous oubliant complètement. L'État pousse les particuliers à passer par leur plate-forme, sans nous contacter. J'ai des collègues qui s'affolent depuis plusieurs jours de ne pas entendre le téléphone sonner. Ces offres à 1 euro nous font beaucoup de tort », juge Johanna Tamietti-Richert, gérante d'une entreprise d'installation dans les Alpes-de-Haute-Provence. Pour elle, s’appuyer sur une offre de ce type, c’est la fin de la liberté. « Actuellement, j'ai le choix de travailler avec un équipementier, parce que je suis convaincue de la qualité de ses produits. Si je deviens partenaire de ces groupes, on va certainement m'imposer une marque ».

Chez les Tamietti, on dit ne pas avoir attendu les offres à 1 euro pour accompagner les particuliers ! « Depuis quatre ans, nous proposons aux clients de les aider dans leur montage financier. Bien sûr, cela demande de l'organisation, et un peu de temps. Mais, si le client vous fait mandataire, vous pouvez remplir le dossier pour lui sur le site de l'Anah, tout est dématérialisé. Vous touchez même l'argent pour lui. Exactement ce que proposent les grands groupes ! Je suis sûre que mes confrères peuvent le faire également ».

D’autre part, la jeune patronne cite un récent chantier où il était impossible d’installer une pompe à chaleur, pour mieux souligner que « vouloir mettre de la PAC à tout prix en lieu et place du fioul est un non-sens ».

Invasion thermodynamique ?

Le délégué général du syndicat français des industriels du génie climatique Uniclima, Jean Paul-Ouin, rappelle, lui, au souvenir une étude commandée par la disparue Alliance solutions fioul qui montrait que le remplacement intégral des chaudières fioul par des PAC pourrait amener une demande électrique, dans l’hypothèse d’un démarrage simultané, équivalant à 20 réacteurs nucléaires…

Pour ce dernier, la volonté du gouvernement de précipiter la fin du fioul est purement idéologique et pourrait, selon lui, prendre une tournure similaire à la voiture électrique. « Au début l’État visait à faire basculer les Français de la voiture diesel à l’électrique, puis il a changé de braquet et pousse désormais les véhicules hybrides »,

Jean-Paul Ouin souligne que l’installation d’une PAC hybride permet de faire l’économie du démontage et de la dépollution de la cuve, soit un coût d’au moins 2 000 euros. Néanmoins, ce dernier juge que, bien que bénéficiant également du « coup de pouce chauffage » le prix de la PAC hybride est encore trop élevé et le nombre d’installateurs maîtrisant à la fois combustion et thermodynamique trop faible.

Mais au-delà de ces considérations, le représentant des industriels du génie climatique mesure que ce sont les énergéticiens qui donneront le la du marché. « Quand des éléphants se battent, les animaux de la savane se cachent », philosophe humblement ce dernier.

Gaz de campagne

En effet, la filière gaz compte bien également prendre part à la chasse au fioul. Engie Home services a dégainé dans la foulée sa « Chaudière à 1 euro » et d’autres offres packagées pour les TPE devraient émerger dans les semaines qui viennent. L’association de promotion du gaz Coénove joue les facilitateurs entre industriels et installateurs pour mettre en place une offre à 1 euro à destination, cette fois-ci, des artisans. Car contrairement à ce que l’on pourrait croire, la filière gaz est en mesure de prendre une part considérable du gâteau fioul.

« Nos estimations nous conduisent à 2,8 millions de résidences principales et 300 000 secondaires équipées de chaudières fioul. Et sur ces 3,3 millions d’habitations, la moitié est desservie en gaz. Cela ne veut pas nécessairement dire que le gaz arrive jusque dans la rue mais on en trouve à moins de 35 m pour près de 1 000 000 de ces logements. Il y a donc pour la chaudière gaz très haute performance un énorme potentiel à portée de main », souligne le président de Coénove Bernard Aulagne.

D’autre part, il rappelle que les ¾ du parc de chaudières gaz n’intègrent pas de condensation. Il y a là aussi un gigantesque gisement pour satisfaire l’ambition gouvernementale de 1 000 chaudières vétustes remplacées quotidiennement. Alors, afin de stimuler ce marché, la filière gaz lancera très prochainement une opération étiquetage des chaudières existantes. Ainsi, à l’occasion d’une maintenance, le professionnel précisera au ménage le niveau de performance, de manière à inciter ce dernier à la remplacer.

Granulé euphorique

Face à l’empressement des filières électriques et gaz à se jeter sur les cadavres du fioul, la chaudière granulé va-t-elle se faire mettre KO sur son terrain de prédilection ? Si le patron d’ÖkoFEN France Thomas Perissin reconnaît ne pas jouer dans la même cour, ce dernier a le sourire. « Le mois de janvier 2019 est notre meilleur mois depuis 16 ans », annonce ce dernier. « Après avoir déjà vu nos ventes de chaudières à granulés bondir de 50 % en 2018, grâce notamment à la condensation, la ventouse et la chaudière entrée de gamme Easypell, c’est l’explosion en ce début d’année ». Surfant sur l’annonce gouvernementale d’anéantir le fioul, il voit même ses formations Qualibois qu’il peinait à remplir ces dernières années faire salle comble. « Les installateurs qui font de la maintenance de chaudières fioul se tournent naturellement vers nous. Ils n’ont pas nécessairement envie de se mettre à la PAC et de toucher à des fluides frigorigènes », souligne le DG d’ÖkoFEN France. Il réfléchit d’ailleurs à la mise en œuvre d’une offre packagée avec son partenaire CEE Sonergia et compte bien également profiter du niveau d’aides inouï pour porter son offre couplant granulé et solaire thermique.

« J’veux du soleil »

Le solaire thermique, qui ne peut par nature vivre seul, n’est pas contre l’idée de se mettre également en couple avec le gaz. Et s’appuyant par exemple sur un grand acteur comme Engie Home Services la filière solaire pourrait combler son talon d’Achille : le manque de prescripteurs. Pour Richard Loyen, le délégué général d’Enerplan, syndicat des acteurs du solaire, au-delà des aides au moment de l’achat, les ménages doivent avant tout choisir à la lumière de la robustesse de l’équipement et de sa performance. Et il annonce : « Quand la mer se retire, on verra qui est en maillot ».

Le fioul n’a pas dit son dernier mot

La fédération française des combustibles, carburants et chauffage annonce à génie climatique magazine qu’un recours sur l’arrêté « coup de pouce chauffage », pièce maîtresse de l’édifice anti-fioul construit par le gouvernement, sera déposé avant fin février au Conseil d’État. « Si cette fois-ci, il ne s’adresse pas uniquement aux ménages équipés de fioul mais également à ceux se chauffant au gaz et au charbon, il présente tout de même l’anomalie de délaisser la part considérable de Français équipés de radiateurs électriques. Autre souci majeur : il aide les ménages à installer une chaudière gaz mais pas une fioul, même très haute performance. Soit toutes les énergies fossiles sont bannies, soit aucune », nous explique Frédéric Plan, délégué général de la fédération.

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