Thomas Becker fait partie de ces installateurs qui aiment avoir un temps d’avance et faire bouger les lignes. Alors quand l’un de ses clients lui demande un devis pour des panneaux photovoltaïques permettant d’alimenter un spa qu’il venait d’installer dans sa maison de 160 m² en tout plancher chauffant de Laneuveville-devant-Nancy, en Meurthe-et-Moselle, l’artisan lui propose de voir un peu plus grand. « Je lui ai soufflé l’idée qu’avec le coup de pouce chauffage mis en place par le gouvernement depuis février, s’il cumulait son installation photovoltaïque, soit 3 kWc posés sur le toit, avec le remplacement de sa chaudière gaz non-condensation par une pompe à chaleur air / eau, le montage financier lui serait très intéressant » explique le Lorrain. Et l’artisan semble avoir été convaincant car l'installation est en service depuis fin août. « C’était la première fois que je mettais en place ce genre de système » avoue Thomas Becker.

Roi soleil

Par « ce genre de système », Thomas Becker fait référence à la solution "Smartgrid ready" développée par Viessmann, qui permet d’utiliser de manière intelligente l’électricité photovoltaïque pour faire fonctionner la pompe à chaleur, ici la dernière-née de l’Allemand, la Vitocal-222 S, reliée aux planchers chauffants déjà existants au rez-de-chaussée et à l'étage de la maison. Concrètement, un compteur d’énergie permet de mesurer en temps réel l’énergie produite sur les tuiles pour optimiser en conséquence le fonctionnement de la pompe à chaleur . « Dès que la puissance produite par le photovoltaïque atteint les 1 500 W, soit la puissance minimum nécessaire pour la mise en route du compresseur, la température de l'ECS va être augmentée, passant de 47 à 55 °C, explique Thomas Becker. La deuxième étape, si l'ensoleillement continue, et donc la production augmente, sera de passer le ballon tampon en température fixe à 40 °C, alors qu'habituellement, l'eau circule entre 30 et 35 °C dans les planchers. Enfin, la troisième étape, atteignable par jours de grand beau temps, sera de faire monter ou descendre, en fonction du mode choisi sur la pompe à chaleur, la température ambiante de 1 °C. »

ECS gratuite en été

Si le lieu de l'installation, à savoir le nord-est de la France, n'est pas la région la plus connue pour son taux d'ensoleillement, les rayons brillent suffisamment pour permettre aux 16 m² de panneaux photovoltaïques, eux aussi fournis par Viessmann, de produire 2 700 kWh / an. "Evidemment, la majeure partie de la production d'électricité solaire se fait l'été, concède Thomas Becker. Ce qui permet d'ailleurs de produire gratuitement l'eau chaude sanitaire durant les mois de juillet et août ! Et il n'est pas impossible qu'à la mi-saison, ou même en hiver, lors de belles journées ensoleillées, on atteigne une puissance de plus de 2 kW, permettant de forcer la deuxième consigne de température fixe du ballon tampon !" En revanche, quand l'ensoleillement n'est pas suffisant, et bien évidemment la nuit, la pompe à chaleur fonctionne de manière classique, reliée au réseau électrique. Selon l'installateur, ce montage permet de réaliser des économies de 30 % sur les factures d'énergie.

Mauvaise expérience oubliée

Les panneaux, justement, auraient pu être un frein à la pose de ce système, Thomas Becker ayant eu une mauvaise expérience. "Nous nous étions lancés dans le photovoltaïque en 2010, mais nous avions été déçus, confie l'installateur. À l'époque, pour alimenter les panneaux, nous disposions d'un gros convertisseur en 12 ou 36 V, ce qui représentait un réel danger de cablage qui devenait très délicat. Aujourd’hui, les convertisseurs sont en 230 V et se situent sous le panneau. C'est très facile à raccorder sous le toit."

Si la pose semble donc à la portée de tous les installateurs, ou presque, le dispositif serait-il à portée de toutes les bourses ? Pour Thomas Becker, la démocratisation de l'autoconsommation risque de prendre encore un peu de temps. "Les kWh ne sont pas assez chers en France, et les aides sur le solaire ne sont pas assez incitatives. Les particuliers, à moins d'un réel engagement écologique, ne vont pas faire la démarche de basculer vers un système comme celui-ci." Il faut dire que le devis peut en refroidir plus d'un : 27 000 € TTC, sans les aides de l'Etat, dont 9 000 € pour les panneaux photovoltaïques. Mais si le retour sur investissement peut semblait long, les occupants de cette maison de Laneuveville-devant-Nancy auront pu dès cet été traverser deux épisodes caniculaires au frais, et ce sans augmenter leur facture d'électricité. Ça n'a pas de prix...