Les ingénieurs et thermiciens du fameux bureau d’études thermiques Enertech entament leur deuxième hiver dans leurs bureaux de Pont-de-Barret, village de 600 âmes dans la Drôme provençale. Premier immeuble de bureaux à atteindre les niveaux Énergie 4 et Carbone 2 du référentiel E+C- et à être labellisé « », ce R+2 de 600 m² fonctionne sans clim ni chauffage fixe. Génie Climatique a voulu savoir s’il y fait bon vivre.

Enveloppe isolée avec 36 cm de paille, murs intérieurs et plancher en terre crue… la philosophie qui a guidé le BET Enertech dans la conception de ses nouveaux bureaux pourrait se résumer par : « Plus vert et moins cher, tu peux le faire! ». Et côté génie climatique, les économies sont encore plus radicales. Pas la peine de chercher des radiateurs aux murs, des tubes dans le plancher ou une CTA sur le toit: il n’y en a pas. Chaque bureau est équipé d’un système de ventilation double flux indépendant qui permet d’assurer une bonne qualité de l’air sans subir l’inconfort d’entrées d’air froid. «Elles ont tout d’une grande», commente Thierry Rieser, gérant d’Enertech. « Les 21 unités autonomes comportent chacune un échangeur à plaques de 40 cm de large et de haut permettant de récupérer plus de 70 % de la chaleur en hiver et la fraîcheur en été. En VMC double flux décentralisée, l’échangeur rotatif ne se fait pas ou presque. Nous avons trouvé quelques modèles farfelus en Allemagne mais ils n’étaient pas gainables, or il était important de pouvoir utiliser un même appareil pour la reprise de certains bureaux et des sanitaires adjacents ». Mais pourquoi ne pas avoir installé une VMC double flux centralisée? « Dans notre approche low-tech, c’est l’utilisateur qui est acteur de son confort. Avec des équipements décentralisés dans chaque bureau, chaque employé dispose d’un simple interrupteur qui lui permet d’allumer et d’éteindre la ventilation dans son bureau. Quand le filtre est à changer, un voyant lumineux lui indique qu’il est temps et il va alors se servir dans un carton mis à disposition des employés», explique Thierry Rieser. «Au final le coût total (fourni + posé) des 21 unités s’élève à 26000 euros. Ce qui n’est pas plus élevé que le prix que nous aurions payé pour une solution centralisée».

Pull obligatoire en hiver ?

Si la VMC double flux peut jouer le premier rôle dans le confort thermique, c’est que les surfaces vitrées (triples vitrages à haut facteur solaire) – principalement orientées au sud – permettent au bâtiment de bénéficier d’importants apports solaires. « Vous tournez d’un quart de tour le bâtiment et plus rien ne fonctionne», souligne Thierry Rieser qui indique également que les occupants apportent entre 75 et 95W de chaleur par personne. Néanmoins, un appoint de chauffage de moins de 4 kWh/m²/an est tout de même nécessaire. Quatre petits radiateurs mobiles d’appoint de 1 kW chacun (soit 7 W/m² de puissance installée) apportent un complément de chaleur durant les deux mois les plus froids. Mais ils seront peut-être remplacés l’hiver prochain par un petit poêle à granulé (la réservation pour le conduit de fumée est prévue). «Nous ferons le bilan à la fin de ce second hiver: si les radiateurs peuvent être mis en marche uniquement le jour en autoconsommant la production PV du toit (153 m² de panneaux), c’est bon. Mais si nous constatons que nous devons également les solliciter la nuit en période de pointe, lorsque l’électricité est la plus mauvaise qui soit – produite à partir du gaz, pétrole et charbon –, cela ne sera pas satisfaisant ». Et derrière l’arrivée possible de ce poêle se cache également le souhait – en vue de dupliquer ce bâtiment ailleurs et pour des occupants moins sensibles à la sobriété énergétique – de pouvoir offrir une plus grande latitude dans le confort thermique. « Le long de la façade nord, les bureaux sont à 19 °C ; dans ceux situés au sud, la température monte à 21 °C, c’est là que travaillent les plus frileux. Bien que les 19 °C dans ce bâtiment sans fuite d’étanchéité à l’air et sans paroi froide n’aient rien à voir en termes de ressenti, nous avons conscience qu’il peut y avoir un frein psychologique face à l’idée d’être plafonné à 19 °C. “Comment voulez-vous que je vende des assurances si je ne peux pas me mettre en décolleté”, nous a rétorqué un jour un maître d’ouvrage ». Le poêle à granulé permettrait de gagner aisément un ou deux degrés et ainsi d’être plus à l’aise, sans pull, les journées d’hiver. 

Marcel recommandé en été ?

Mais dans la Drôme provençale, le principal défi n’est pas de se passer de chauffage mais de n’avoir aucun générateur de froid. «Nous n’avons mesuré aucune heure au-dessus de 28 °C, malgré notre climat où la température extérieure a atteint 38 °C », remarque Thierry Rieser. « Au lieu d’être dépossédé de l’usage par des automatismes, les occupants sont responsables du confort estival. D’abord grâce à la bonne gestion manuelle des occultations extérieures, notamment les brise-soleil orientables (BSO) au sud, qui nous permettent de nous protéger du soleil direct tout en conservant de la lumière naturelle pour travailler et grâce également au recours à des ordinateurs portables qui réduisent les apports internes. Mais le maintien d’une température confortable les jours les plus chauds serait impossible sans la ventilation naturelle des bureaux. Le premier qui arrive ouvre en grand toutes les fenêtres, les débits d’air sont alors énormes et l’effet rafraîchissant extrêmement efficace » (voir graphe confort estival sur la semaine la plus chaude). Mais en costume cravate, 28 °C ce n’est pas trop chaud? «La notion de confort estival est liée aux pratiques vestimentaires. Mais nos bureaux n’ont clairement pas vocation à être transposés à la Défense. Ce sont des bureaux pour des PME en milieu semi-urbain ou rural où le dress-code n’est pas forcément aussi strict! Et s’il fallait un petit complément de froid, pourquoi pas prévoir un géocooling ou un rafraîchissement adiabatique. Notre toiture PV produit sept fois plus que ce que nous consommons, il y a donc un peu de marges de manœuvre».

FICHE TECHNIQUE

Drôme (26) Pont-de-Barret Équipements

• Pour ventilation et chauffage 21 double flux décentralisées Zehnder CA 70 (ventilateur très basse consommation et échangeur à plaques enthalpique avec une efficacité d’environ 85 %)

• Pour l’ECS Ballon électrique de 75 litres remplacé depuis peu par un récupérateur de chaleur sur eaux grises avec appoint instantané intégré (en phase de test) Acteurs

Maître d’ouvrage :

Enertech

BET :

Enertech

Installateur VMC:

Enertech

Architecte :

Pierre Traversier Coût

21 unités double flux :

26000 euros fournies posées

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