La Présidente de la Région Occitanie Carole Delga ambitionne de faire des Pyrénées-Méditerranée la première région d’Europe qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Génie Climatique Magazine a été à sa rencontre afin d’en savoir plus.

  Comment comptez-vous concrètement impulser régionalement un plan de rénovation énergétique massif et qualitatif des logements, ambition qui n’a jamais réussi à être concrétisée à l’échelle nationale ? Quel devra être le rythme de rénovations énergétiques annuelles et le niveau d’exigence concernant la performance à atteindre ? Dès 2016, j’ai voulu engager la Région sur la voie de la transition énergétique et climatique en fixant une ambition claire : devenir la première Région à énergie positive d’Europe d’ici 2050. Tout simplement car il est de notre responsabilité d’agir pour lutter contre le changement climatique et pour la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Afin de relever le défi de la transition énergétique et climatique, l’un des moteurs de la croissance économique régionale, j’ai souhaité, lors de l’Assemblée plénière du 21 décembre dernier, inscrire résolument notre Région dans l’action, grâce à un plan dédié. Le sujet de la rénovation énergétique de l’habitat est un enjeu majeur, le secteur résidentiel représentant aujourd’hui un tiers de la consommation d’énergie au niveau régional. Dans le cadre de la trajectoire « Région à énergie positive », les consommations d’énergie du bâtiment devront être diminuées de 26% d’ici 2050. Cette démarche nous engage également à la rénovation de 52 000 logements par an, au niveau basse consommation, jusqu’en 2030, puis 75 000 d’ici 2050 (contre 40 000 actuellement). Nous sommes déjà très impliqués, auprès des particuliers, en soutenant la rénovation énergétique via l’éco chèque, ou par le soutien à la réalisation de bâtiments exemplaires, économes en énergie et sobres en ressources, dans le cadre de l’appel à projets « Bâtiments NoWatt ». Pour assurer cette massification de la rénovation, nous avons prévu d’anticiper les nouveaux besoins en compétences en faisant évoluer les offres de formation, dans le cadre du Contrat de Plan régional de développement des formations et de l’orientation professionnelle (CPRDFOP). Enfin, j’ai souhaité la mise en place d’une Agence Régionale de l’Energie et du Climat, véritable bras armé de la démarche « Région à énergie positive ». Elle accompagnera et financera la rénovation énergétique du logement privé, notamment via la création d’un Centre de Ressources pour les Plateformes Territoriales de la Rénovation Energétique. Ces plateformes accompagneront les particuliers tout au long de leur projet de rénovation (diagnostics énergétiques, mobilisation des professionnels du territoire, etc.) et faciliteront également l’accès au financement auprès des gestionnaires d’aides publiques ou du réseau bancaire. Quel est le premier poste de consommation énergétique en Occitanie ? Est-ce la climatisation ? Aujourd’hui, dans le résidentiel, le premier poste de consommation est lde loin le chauffage (56%). Vient en seconde position l’électricité spécifique, puis l’eau chaude sanitaire et enfin la cuisson. L’électricité spécifique intègre la climatisation mais aussi l’éclairage, les usages électroménagers (lavage, séchage, froid…) et multimédia. Le taux de climatisation dans le résidentiel en Occitanie, correspondant à la part des logements climatisés, est aujourd’hui de 16%. Mais ce taux devrait monter à 45% en 2050. La climatisation devrait donc peser de plus en plus. Pensez-vous déployer des alternatives pour le rafraîchissement et promouvoir la climatisation solaire et le géocooling ? Concernant l’autoconsommation photovoltaïque, faut-il s’attendre à ce que les toits des villes et des villages d’Occitanie soient couverts de photovoltaïques ? La trajectoire « Région à énergie positive », c’est diviser par deux, d’ici 2050, la consommation énergétique par habitant et multiplier par trois la production d’énergie renouvelable. Cette hausse est possible grâce à nos importantes ressources régionales (hydroélectricité, photovoltaïque, éolien terrestre et en mer, biomasse solide, liquide et gazeuse, solaire thermique et géothermie). Le photovoltaïque passerait de 1 300 MW en 2015 à 15 000 MW en 2050 en termes de puissance installée. Cette forte croissance ne doit pas s’effectuer au détriment des terres agricoles, mais privilégier les implantations en toiture ou en brise-soleil et dans les espaces impropres à d’autres usages. Toutes ces installations seront réalisées bien sûr dans le respect des réglementations en vigueur pour préserver les paysages et le patrimoine. Allons-nous voir des sites de méthanisation fleurir partout dans les campagnes ? La filière méthanisation est une filière disposant d’un fort potentiel en Occitanie, lié au poids des secteurs agricoles et agro-alimentaires. Dans le cadre de la trajectoire « Région à énergie positive », les objectifs en matière de méthanisation visent à passer d’une production énergétique régionale de 70 GWh en 2015 à 4 000 GWh en 2050. Malgré cette ressource abondante sur le territoire régional, cette filière reste encore méconnue et peu développée. A l’instar des projets éoliens, le temps de développement des unités de méthanisation est très long et ces projets doivent progresser en matière d’acceptation locale. A ce jour, une cinquantaine de projets sont en cours à l’échelle de toute l’Occitanie. La Région Occitanie souhaite promouvoir et développer cette filière en se dotant d’un plan d’actions régional ambitieux dès cette année, se nourrissant des conclusions du rapport d’initiative sur la méthanisation approuvé lors de l’Assemblée plénière de décembre dernier. Il est indispensable de garantir un développement qualitatif de cette filière, avec une attention particulière portée à : - la prise en compte des impacts (qualité des eaux et des sols); - l’amélioration du traitement et du stockage des déchets pour limiter les nuisances olfactives des projets; - l’émergence de réels projets de territoire et l’optimisation des retombées économiques pour les acteurs locaux; - l’élaboration de plans d'approvisionnements sécurisés, de qualité, de proximité et constants sur l'année; - l’élaboration d’une nécessaire phase de communication/concertation pour les porteurs de projets afin d’améliorer l’acceptabilité des projets.