Francis Allard, enseignant-chercheur notamment dans la ventilation et la qualité de l'air intérieur, et membre de l'AICVF, revient sur les bonnes pratiques à adopter face au Covid-19 avec les équipements de ventilation et climatisation.

Quelles préconisations faut-il suivre pour éviter la transmission de pathologies, et donc du Covid-19, à travers les équipements de ventilation au sein des bureaux et autres bâtiments tertiaires ?

Une chose est à retenir dans tous ces débats : il faut travailler au maximum avec de l'air neuf. L'effet de la ventilation est donc très important ! Si vous augmentez les débits d'air, vous diminuez la concentration dans l’air intérieur de toutes les particules, et donc des particules virales. La ventilation a deux fonctions : apporter de l'air neuf et évacuer les polluants. Il faut aborder le retour au travail de façon sereine en veillant à une bonne ventilation. Sur des installations centralisées avec une reprise d’air, dès lors que l’installation procède à une filtration performante, il n'y a rien à craindre. C’est ce qui se passe par exemple dans les avions.

Que faire dans le cas de systèmes de climatisation ?

Les installations réparties avec des splits ou des ventilo-convecteurs seront plus problématiques. Très peu sont munies de filtres suffisamment efficaces. Les ventilo-convecteurs avec de l'eau froide qui ne font que brasser l’air, sans apport d'air neuf, ne sont pas recommandés. Il vaudra mieux les laisser à l’arrêt. Si le bâtiment est composé de bureaux individuels, les occupants ne risquent pas grand-chose dès lors qu’ils seront seuls, mais s'il s'agit d'open spaces, avec beaucoup de personnes et une clim basée sur très peu d’apport d’air neuf, dans ce cas, il est préférable de ne pas utiliser la clim et de privilégier une ventilation par ouverture des fenêtres.

Avec l'été et la hausse des températures, arrêter la climatisation risque d'être problématique…

C'est évident. Si nous connaissons une nouvelle canicule en plus du Covid-19, imaginez la situation dans les Ephad et autres établissements équipés d’une unique salle rafraîchie souvent par un split. Ceci dit, même en temps de canicule, la température ne dépasse que très rarement 25 °C la nuit, il est donc très fréquemment possible de faire du free-cooling.

Quel impact aura cette pandémie sur la profession ?

Nous avons une réglementation des bâtiments centrée depuis des dizaines d'années sur l'efficacité énergétique des bâtiments. Nous avons oublié la vocation première des bâtiments, qui est avant tout d’assurer la sécurité, la santé et le confort des usagers. La sobriété énergétique doit demeurer une contrainte de conception, pas un objectif. Pour assurer plus de sécurité, de qualité sanitaire et de confort, il nous faudra réadapter nos réglementations, notamment celles concernant la ventilation des bâtiments.

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