Mise en place en vue de rédiger la future réglementation thermique, l’expérimentation E+Ctouche bientôt à sa fin. Les tendances qui se dessinent font craindre aux acteurs du génie climatique un cadre réglementaire qui invite à tartiner les toits de photovoltaïque et permettent d’ignorer les solutions de production de chaleur renouvelable. À l’aube de la RE 2020, les défenseurs de la chaleur renouvelable enfilent les gants et montent sur le ring.

La RT 2012 n’a plus qu’un à vivre. Structurée autour de 4 niveaux « Energie » situant la performance énergétique du bâtiment et deux niveaux « Carbone » relatifs à ses émissions de gaz à effet de serre, l’expérimentation E+C- touche à sa fin. D’ici trois mois les pouvoirs publics se plongeront dans les données remontées via les centaines de projets inscrits dans la démarche et entameront la rédaction nouveau cadre réglementaire. Cette RE 2020 succèdera à une RT 2012 qui a éliminé l’effet Joule des logements neufs et démocratisé le chauffe-eau thermodynamique. Alors, cette fois-ci, quelles solutions seront mises sur le banc de touche et lesquelles sortiront leur épingle du jeu ? A la lumière des projets qui arrivent à franchir les niveaux Energie 2 et Energie 3 du référentiel E+C-, seuils tests pour situer le futur curseur de la RT 2020, les acteurs du génie climatique essaient de voir quels sont les équipements qui partent gagnants et les perdants. « Nous avions l’intuition que le photovoltaïque serait le grand gagnant d’E+C-. Nous voulions en avoir le coeur net; alors nous avons demandé au Cetiat et au bureau d’études thermique Tribu Energie de passer des projets avec des combinaisons de solutions techniques multiples à la moulinette du moteur de calcul du référentiel E+C-. La situation est pire que ce que nous pensions », explique Jean-Paul Ouin, le délégué général d’Uniclima, syndicat fédérant les acteurs industriels du génie climatique. « Dans une maison équipée d’une chaudière gaz murale à condensation, il suffit de tartiner le toit de photovoltaïque et je passe les niveaux Energie 2 et Energie 3. Autrement dit nous pouvons arrêter de proposer des PAC et pouvons définitivement arrêter le solaire thermique ». Pour le délégué général d’Uniclima le mal prend sa source dans l’introduction d’un 6e poste de consommation : celle des prises électriques. « La prise en compte de ces consommations dites électrodomestiques dans le bilan énergétique d’un bâtiment, exception française, donne la primauté au photovoltaïque ». Pour éviter la suprématie du photovoltaïque, Uniclima invite donc les pouvoirs publics à ne pas intégrer les consommations des prises électriques au calcul de la consommation énergétique. « Il s’agit d’une consommation énergétique mobilière et non immobilière », juge le délégué général d’Uniclima. Mais interrogé par Génie Climatique Magazine, Emmanuel Acchiardi, sous-directeur de la qualité et du développement durable au sein des ministères de l’Ecologie et de la cohésion des territoires en charge de superviser la réglementation du successeur de la RT 2012, semble bien décidé à ajouter ce 6e poste de consommation qui ne cesse de croître.     Uppercut en énergie primaire Une autre voie préconisée par Uniclima serait de revoir la manière dont est comptabilisé le photovoltaïque dans le bilan énergétique. « Dans le référentiel E+C-, les 10 premiers kWh photovoltaïques bénéficient du coefficient de 2,58 pour passer en énergie primaire. Puis au-delà, d’un coefficient de 1. Il ne s’agit pas là de physique mais de politique », souligne Jean-Paul Ouin. Pour ce dernier, il n’est pas raisonnable de conserver un facteur de 2,58 pour le photovoltaïque car « il permet à ce dernier de faire armes égales avec le solaire thermique alors que son rendement de conversion du rayonnement solaire en énergie est nettement moins bon », développe ce dernier. Et pour appuyer sa requête, Jean- Paul Ouin fait valoir l’argument du patriotisme économique. « Les cabinets ministériels vont devoir choisir entre des équipements de chaleur renouvelable massivement produits en Europe et des panneaux photovoltaïques fabriqués en Chine ». Mais le photovoltaïque n’est pas l’unique gagnant du référentiel E+C. Le bois-énergie tire également son épingle du jeu côté Energie. « En appliquant un coefficient de 0 à toute production de chaleur issue d’un équipement alimenté en bois, le référentiel E+C- l’efface tout bonnement du bilan énergétique du bâtiment », note Nathalie Tchang, présidente du BE Tribu Energie mandaté par Uniclima pour simuler les différents équipements de génie climatique dans E+C-. Néanmoins, cette manière de promouvoir une énergie renouvelable ne satisfait pas Jean-Paul Ouin. « C’est louable de vouloir favoriser le bois-énergie mais il s’agit là d’un choix contre-productif car ainsi même une chaudière bois aux performances lamentables sera favorisée », souligne le délégué général d’Uniclima. Pour le syndicat des fabricants d’équipements de génie climatique, leur salut passera par l’introduction d’un taux minimum en chaleur renouvelable dans la prochaine réglementation. « C’est une obligation qui existe en Allemagne et qui permettrait de rééquilibrer le rapport de force entre chaleur renouvelable et photovoltaïque », note Valérie Laplagne, en charge des « énergies renouvelables » au sein d’Uniclima.   Confort VS performance : match annoncé Et au sein du ministère de l’Ecologie, on ne doute pas que les débats des prochains mois se cristalliseront autour de la prise en compte de la chaleur renouvelable dans le moteur de calcul du successeur de la RT 2012. Mais si les arbitrages sur une exigence en chaleur renouvelable pèseront lourdement sur les équipements des logements neufs de demain, c’est peut-être bien du côté du confort d’été que les pouvoirs publics devront faire les choix les plus délicats. L’introduction d’un nouvel indicateur qui pourrait être la « Durée d’inconfort d’été statistique » imposera la mise en place de stratégies de rafraîchissement, passives ou actives, dans les habitations. L’affrontement du confort et de la performance énergétique ne pourra pas cette fois être évité.