« Notre objectif est qu’il n’y ait plus de chauffage au fioul individuel dans 10 ans ». Le message délivré par Edouard Philippe à l’antenne de RTL, mercredi 14 novembre, est clair.

Si le ministre de l’Ecologie avait déjà fait part de son souhait de « libérer les Français du fioul », le Premier ministre franchit un pas supplémentaire dans la guerre déclarée au fioul et annonce l’éradication des chaudières fioul d'ici 10 ans en France. "L'Etat a encouragé les Français à aller vers le fioul et les a ainsi, d'une certaine manière mis dans une situation de dépendance vis-à-vis d'une énergie chère, étrangère et polluante", a souligné le premier ministre au micro de RTL. "Une énergie chère, étrangère et polluante" Pour que les 4 millions de ménages aujourd’hui chauffés grâce au fioul (soit près de 10 millions de Français) changent d’énergie, un dispositif complet d'aides à la conversion des chaudières sera mis en place, a annoncé Edouard Philippe. Si le Premier ministre indique qu'il devrait permettre de couvrir un tiers du coût global d'un changement d'énergie, son montant et son articulation n'ont pas été dévoilés. Le ministre de l'Economie avait déjà annoncé, il y a quelques semaines, que les coûts de dépose des cuves à fioul entreront dans le CITE en 2019.Utopie gouvernementale ? Mais pour les professionnels de la distribution de combustibles, réunis au sein de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C), " il est aberrant d’imaginer que l’ensemble de ces ménages puissent changer leur énergie de chauffage principal ". " Aucune solution disponible aujourd’hui n’est en capacité de remplacer le fioul domestique avantageusement dans la plupart des cas : le gaz de réseau ne dessert que 10 000 communes sur 35 000 ; la pompe à chaleur (PAC) est peu adaptée aux régions froides, dans lesquelles la consommation électrique de ce type de chauffage peut se révéler très importante et accentuer la problématique de la production électrique de pointe ; le bois, mal utilisé, est une énergie qui émet des particules fines et provoque donc de la pollution locale. En outre, les équipements de type PAC ou chaudières bois sont onéreux (15 000 € en moyenne pour une PAC ou une chaudière bois automatique) ", souligne Frédéric Plan, délégué général de la FF3C. Pour ce dernier, il serait donc plus judicieux de soutenir la mise en place, dès 2019, de nouveaux combustibles composés d'un mélange de fioul et de colza (jusqu'à 30%).