Olivier Bruyère, en charge du génie climatique au sein d'Intramuros, entreprise marseillaise spécialisée dans la rénovation de bâtiments, craint que, lors du passage du fioul à la PAC, la neutralisation des cuves ne soit pas effectuée, au risque de laisser de véritables "bombes à retardement" chez les particuliers.

Quelles difficultés rencontrez-vous au quotidien pour mettre en oeuvre le grand remplacement des chaudières fioul actionné par le gouvernement ?Il y a deux difficultés majeures. La première est que nous avons beaucoup de mal à comprendre ce que dit la loi vis-à-vis des cuves fioul. L'arrêté sur la dépose est paru assez tardivement après les annonces du Premier ministre et du ministre de la Transition écologique. Et pendant tout ce temps, nous avons cogité, nos clients aussi, et les réponses ne sont toujours pas évidentes ! D'autant que la cuve à fioul a toujours été le parasite du business de la rénovation. Même avant toutes les mesures gouvernementales, les installateurs préféraient dire à leurs clients de laisser la cuve, ou même de la vendre sur Internet, parce que ça les embêtait clairement de s'en charger. La deuxième difficulté est plus pratique. Depuis peu, je constate que les entreprises d'assainissement, que nous appelons pour effectuer la neutralisation de la cuve correctement et légalement, ne veulent plus se déplacer, comme si elles craignaient de ne plus avoir d'activité une fois toutes les cuves enlevées. Actuellement, j'ai trois clients à qui je ne sais pas quoi répondre parce que les sociétés d'assainissement ne me répondent pas. Je crains qu'ils ne perdent patience et aillent voir des entreprises moins rigoureuses, qui vont laisser la cuve sur place, sans la neutraliser complètement.Qu'entendez-vous par " sans la neutraliser complètement " ?Elles vont conseiller aux clients de consommer un maximum de fioul avant d'abandonner la cuve, puis de couler une dalle dessus. Sauf qu'il restera toujours quelques dizaines de litres de fioul, que cela va générer de la vapeur, ce qui est beaucoup plus dangereux que si la cuve était vide. Avec cette méthode, vous avez réellement une bombe à retardement dans le jardin de votre client, qui peut percer à tout moment et laisser le fioul s'infiltrer dans le sol. D'autres vont laisser le client s'en occuper, mais une neutralisation de cuve est très complexe. Il faut la ventiler, descendre à l'intérieur, gratter les parois, tracer les déchets. Ce n'est pas à la portée de tout le monde !Qu'espérez-vous  ?Que les choses soient plus claires. Nous voulons que le gouvernement fasse appliquer la même loi pour tout le monde, qu'il n'y ait pas d'un côté ceux qui veulent faire les choses correctement et ceux qui veulent contourner la loi pour prendre des affaires. Si cette dépose de cuve n'est pas extrêmement bordée, cela va être n'importe quoi.

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