Président de Teccontrol, entreprise rennaise spécialisée dans la conception de solutions énergétiques basse consommation en chauffage, eau chaude sanitaire et qualité de l’air intérieur, Gilles Simonessa espère que la technologie pompe à chaleur au CO2 s’imposera pour la production d’eau chaude sanitaire dans l’habitat collectif et tertiaire.

Pourquoi la technologie du CO2 a du mal à se faire une place ?C’est comme toutes les technologies vertueuses, à l’image de la méthanisation et de la cogénération il y a quelques années, et certainement de l’hydrogène dans le futur, il faut faire face à la peur du changement et aux idées reçues. Quand nous sommes arrivés sur le marché en 2011, tout le monde était intéressé, mais le marché était trop contracté, la crise de 2008 n’était pas encore passée. Les professionnels ont préféré rester sur les fondamentaux, sans laisser de place à l’innovation. Un autre frein existe aussi au niveau réglementaire. Les pompes à chaleur au CO2 doivent obligatoirement passer par des tests prévus pour des technologies plus classiques (R410, R134A) avec des écarts de température beaucoup plus faibles. Conséquence, les réelles performances du CO2, notamment en production d’eau chaude sanitaire, ne sont pas mises en avant. Le protocole de test actuel n’est pas adapté à la technologie, mais pour le changer, le processus reste long. Chez Teccontrol, nous attendons avec impatience le Titre V générique qui permettra de mieux valoriser la technologie CO2, et l’ensemble de nos solutions produit.Quel est le point de vue des installateurs ?Ils ont peur du CO2. Ils ne connaissent pas la technologie et craignent les fortes pressions. C’est vrai que 120 bars, c’est inhabituel dans une PAC. Actuellement, la majorité des réfrigérants fonctionnent avec des pressions autour de 40 bars. En réalité, ce n’est pas du tout risqué. Pour preuve, au Japon, près de 500 000 pièces sont installées chaque année depuis 10 ans. Chez Teccontrol, on pose également 300 systèmes ECS au CO2 tous les ans, dans le résidentiel individuel et collectif ainsi que dans le tertiaire. La technologie est aussi très répandue dans le milieu du froid alimentaire. La seule contrainte pour les installateurs serait l'investissement de l’ordre de 1 000 €. Ils doivent aussi suivre une formation de 2 à 3 jours sur l’utilisation du CO2, comme cela a été le cas quand on est passé du R22 au R407 puis au R410. Le CO2 n’est pas plus compliqué.Sanden, l’un de vos fournisseurs et expert de la technologie CO2, s'est pourtant retiré du génie climatique. Quel est votre sentiment ?C’est une décision stratégique du groupe à l’échelle mondiale. Sanden souhaite se recentrer sur ses activités principales que sont l’automobile et le froid commercial. Rien ne dit qu'ils ne reviendront pas un jour.Pourquoi la technologie CO2 est encore peu présente dans le résidentiel individuel en France ?En France, nous disposons actuellement de puissances supérieures à nos besoins. Nous utilisons les compresseurs des pompes à chaleur à destination du marché japonais. Culturellement, les Japonais consomment beaucoup plus d’eau chaude sanitaire que les Européens. Pour répondre à leurs besoins, la puissance minimum installée est de 4,5 kW thermiques. En France, nos besoins représentent plutôt 2 à 3 kW car nous utilisons moins d’eau chaude au quotidien et nos conditions climatiques sont moins contraignantes. Nous avons donc, pour le moment, une gamme de puissance plus adaptée aux applications collectives ou tertiaire. Mais je reste convaincu que nous disposerons un jour de pompes à chaleur au CO2 avec des puissances allant de 2 kW à 100 kW thermiques. Il y a aussi une prise de conscience des enjeux environnementaux, de la part des prescripteurs, mais aussi des clients. Le très faible impact environnemental du CO2 permettra de répondre aux objectifs climatiques urgents.

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