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Le marché de la pompe à chaleur résidentielle est resté atone en 2025, alors que plusieurs pays voisins ont renoué avec la croissance. Comment l’expliquez-vous ?
Plusieurs facteurs externes se conjuguent. Le premier, c’est l’instabilité réglementaire : la fermeture des guichets MaPrimeRénov’ et les changements successifs des dispositifs d’aide ont créé un attentisme que nos voisins n’ont pas connu. En Allemagne, par exemple, la visibilité a été beaucoup plus claire, ce qui a permis un développement plus net du marché. La hausse des taux d’intérêt a également freiné l’investissement dans la rénovation. Et le secteur a subi une forte médiatisation autour des fraudes, qui a altéré la confiance des ménages sans refléter la réalité du terrain. Nous estimons que nous sommes au creux de la vague, mais les indicateurs laissent espérer une reprise.
La PPE3 et la stratégie nationale bas carbone fixent pourtant des objectifs ambitieux pour la pompe à chaleur. Est-ce un signal suffisant ?
C’est clairement un tournant stratégique. La PPE et la SNBC fixent un objectif de 8,8 millions de pompes à chaleur d’ici 2030, ce qui représente un doublement du parc installé. C’est considérable, mais je pense que la filière est prête. Elle a été résiliente, elle dispose des compétences techniques pour un déploiement massif. Ces documents replacent la pompe à chaleur au cœur de la décarbonation des usages et constituent un cadre pour les investissements industriels, notamment pour la production locale française et européenne. Ils donnent aussi de la visibilité aux ménages, qui peuvent désormais se projeter.
Le signal prix de l’électricité reste un élément déterminant dans la décision des ménages. La tendance actuelle, hausse des fossiles, volonté européenne de réduire la fiscalité sur l’électricité, peut-elle accélérer les investissements ?
Très clairement. Un signal prix cohérent, en relation avec les objectifs climatiques et les économies attendues, est un facteur déterminant. N’oublions pas que la France dispose de l’énergie la plus décarbonée d’Europe et parmi les plus stables en termes de prix : nous sommes moins exposés aux soubresauts géopolitiques qui font varier le coût des fossiles. La hausse du gaz combinée à une fiscalité contrainte sur l’électricité va jouer en faveur de la pompe à chaleur. Et il ne faut pas oublier ce que démontre l’étude Ademe sur cent PAC : dans tous les cas de figure, on peut réduire sa facture énergétique par deux, a minima.
La flexibilité tarifaire et le pilotage intelligent de la pompe à chaleur s’imposent-ils comme un argument commercial à part entière ?
C’est un vrai enjeu. Toutes les pompes à chaleur actuellement sur le marché sont pilotables à distance et peuvent gérer un signal d’effacement, en totalité ou partiellement, selon les attentes des consommateurs et leurs contrats avec leur fournisseur d’énergie. Des tarifs flexibles n’existent pas encore à proprement parler, mais des offres combinant tarif garanti et pilotage pour permettre au fournisseur de s’y retrouver commencent à émerger. Conjugué au déploiement de la mobilité électrique, le pilotage intelligent de la pompe à chaleur représente une source d’économie substantielle, à condition d’être bien géré.
L’Afpac vient de lancer le Cepac. À quel besoin répond ce centre d’expertise ?
Le Cepac est né du constat que la filière, malgré une croissance moyenne de 20 % sur dix ans, présentait des niveaux de maturité et de technicité très variables selon les segments de marché. Il s’agit de professionnaliser et de structurer la filière, de fiabiliser le déploiement des pompes à chaleur, particulièrement dans le logement collectif et le tertiaire. Concrètement, les professionnels y trouveront des référentiels techniques disponibles gratuitement, des analyses de performance, des guides de sélection et de dimensionnement, ainsi qu’un appui scientifique avec des retours d’expérience valorisés. Notre ambition : faire en sorte que derrière chaque projet de rénovation, une pompe à chaleur soit systématiquement proposée.
Le Cepac réunit EDF, Domofinance, le Cetiat, Uniclima et l’Afpac, avec Enedis attendu prochainement. Un partenariat avec l’Ademe est également en place, dans la continuité des travaux déjà engagés, notamment les guides MemoPAC sur le raccordement électrique et l’intégration acoustique des PAC en logement collectif.
L’État a décidé de réserver la bonification des CEE aux pompes à chaleur assemblées en Europe. Vous y voyez une bonne nouvelle ?
Oui, c’est une bonne nouvelle pour les fabricants français et européens qui ont réalisé des investissements massifs sur nos territoires. C’est une barrière bienvenue face aux importations massives d’Asie, et cela rassure les investisseurs industriels. Nous restons néanmoins vigilants : il ne faudrait pas que ce dispositif renchérisse le coût de la pompe à chaleur pour les ménages. C’est un point sur lequel nous dialoguons avec les pouvoirs publics.
Par ailleurs, nous souhaitons que le dispositif s’étende au-delà des fiches CEE résidentielles actuellement concernées, notamment aux grandes puissances et aux chauffe-eau thermodynamiques, dont une large part est également fabriquée en Europe. Nous avons de l’écoute, mais les autorités veulent d’abord observer le comportement du dispositif sur les premières applications avant d’envisager une extension.
Et le tertiaire ? La pompe à chaleur y progresse-t-elle ?
Le tertiaire se porte mieux que le résidentiel, et le décret tertiaire y est pour beaucoup : les maîtres d’ouvrage sont confrontés à des objectifs de réduction des consommations de - 40 % en 2030, - 50 % en 2040 et - 60 % en 2050. Ce cadre réglementaire strict les pousse à substituer les générateurs fossiles par des pompes à chaleur et à intégrer des systèmes de GTC pour optimiser les consommations. Une fiche de rénovation globale pour le tertiaire est en discussion, sur le modèle de ce qui a été fait pour le résidentiel. Nous travaillons à définir des seuils de performance pertinents, qui ne freinent pas le développement du marché. Il serait aussi souhaitable d’y intégrer une dimension carbone, les textes ne le permettent pas encore, mais cela pourrait évoluer.
1993
Rejoint Daikin France
2019
Nommé directeur marketing de Daikin France
Depuis 2021
Président de l’Association française des pompes à chaleur (Afpac)