Suite aux annonces gouvernementales sur la RE2020, notamment la mise à prix du chauffage au gaz dans le neuf, Génie Climatique Magazine s'est entretenu avec Bernard Aulagne, président de Coénove.

Quelle est votre réaction suite à l’annonce du ministère de la Transition énergétique sur la fin du chauffage au gaz naturel dans les logements neufs ?

D'abord de la surprise, notamment devant la brutalité de l'annonce, en particulier en maison individuelle... Après plus de 2 ans de concertation, on débouche sur une RE qui, loin de rassembler et d'inciter à progresser exclut purement et simplement des filières. Ensuite, une déception sur la forme, comme s'il s'agissait de se vanter de sortir le gaz de la construction neuve, sans prendre en compte son évolution vers du gaz renouvelable à même de respecter les exigences attendues. Il faut être précis dans les affirmations et sortir des effets d’annonce. Il y a une volonté manifeste du gouvernement de ne plus recourir à terme aux énergies fossiles dans le logement neuf. Pour autant, il n’est pas prévu dans la réglementation de mettre une interdiction du recours à l’énergie gaz par exemple.

Quelles incidences aura cette décision ?

Il y a des seuils à atteindre, des seuils qui interpellent tant ils sont restrictifs en maison individuelle et assez souples dans un premier temps en logement collectif. Proposer un seuil carbone en exploitation (Eges_Energie) à 4 kg CO2/an.m² en maison individuelle dès 2021, seuil soit dit en passant bien plus faible que les valeurs proposées lors de la concertation, revient clairement à exclure rapidement les chaudières gaz THPE de ce marché. Si la situation n'est pas aussi critique en logement collectif avec un seuil de 14 kg CO2/an.m² jusqu'à 2024, c’est la progressivité qu’il faut questionner et en conséquence l’exclusion de certaines filières, tant en construction qu’en exploitation. Les ministres ont employé le mot ‘rupture’ : c’est véritablement cela et une collision frontale s’opère avec la volonté affichée par ailleurs d’encourager l’innovation. La question des coûts ou plutôt des surcoûts est par ailleurs complètement passée à la trappe pour le moment.

Quid du biogaz ?

Nous sommes clairement déçus de la non-reconnaissance du biométhane comme solution d'avenir dans la construction neuve, alors même que la filière gaz fait preuve d'innovation importante pour répondre à l'exigence carbone et que le dispositif Méthaneuf qui permet d'alimenter des projets de logements collectifs neufs avec des capacités additionnelles de biométhane a été présenté depuis plus d'un an à l'administration... sans réponse à ce jour. Nous continuerons à porter cette solution évidente pour qui n'est pas aveuglé par la volonté d'électrification massive.

Lors de la conférence de presse de présentation de la RE2020, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique a déclaré qu'il ne fallait plus penser énergie primaire/énergie finale, mais Bbio. Ce raisonnement vous satisfait-il ?  

Il ne faut pas confondre les choses : le BBio est l'indicateur qui permet de mesurer les besoins thermiques à satisfaire . Un renforcement du Bbio va donc dans le sens de l'efficacité énergétique recherchée. En revanche, une baisse de 30% est extrêmement ambitieuse et va conduire inévitablement à un renchérissement des coûts de construction ce qui, dans la période de crise économique que traverse le secteur du neuf, risque de poser problème aux maîtres d’ouvrage. Ce qui manque, par contre, c'est une valeur pour l'indicateur Cep nr ( Consommation énergie primaire non renouvelable) dont la baisse doit être corrélée à celle du Bbio et qui sera le seul moyen concret d'éviter le retour du chauffage par effet Joule, objectif ardemment souhaité par la ministre, mais qui, à ce stade, reste un vœu pieu.

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