Rodrigue Leclech, responsable pôle construction chez Pouget Consultants, imagine pour Génie Climatique Magazine les bâtiments de demain et après-demain avec l'entrée en vigueur de la RE2020.

Quelle place aura la chaleur renouvelable dans la RE2020 ?

Initialement la réglementation devait embarquer un indicateur spécifique pour obliger à l’intégration de chaleur renouvelable, le fameux ratio RCR. Au final, aujourd’hui ce ratio a disparu et la chaleur renouvelable n’est donc pas obligatoire. Elle peut en revanche être introduite en fonction des seuils de performance, en termes de consommation à travers le Cep (coefficient d'énergie primaire) et le Cep,nr (nr = non renouvelable). Ces coefficients ont notamment été conservés pour donner un peu d’air à certaines énergies renouvelables. Le Cep,nr permet par exemple valoriser un réseau de chaleur vertueux (avec un taux d’EnR élevé), moins performant en consommations sur le périmètre du bâtiment que la chaudière gaz collective, mais alimenté par des énergies renouvelables dans son mixte énergétique. Sans ce coefficient, les réseaux de chaleur et la biomasse auraient eu du mal à s'imposer dans le logement collectif.

Quelles énergies vont être mises de côté dans le collectif ?

La volonté des pouvoirs publics est d’avoir un seuil de consommation assez bas dans le Cep,nr pour brider l'effet Joule qui semble exclu de la RE2020, à moins de coupler cette solution à une excellente enveloppe (Bbio – 60%). Cependant, cela fait quelques années maintenant que nous posons des panneaux rayonnants intelligents avec une régulation très fine en fonction de l'occupation plutôt que des grille-pains. Le gaz collectif va également devoir faire quelques efforts pour passer le seuil de consommations par rapport au gaz individuel. Il faut également bien analyser le seuil d'émission de gaz à effet de serre en exploitation Ic_énergie. Dès l'entrée en vigueur du texte, le seuil en logement collectif à 14 kgCO2/m².an n’aura que peu d’impact sur le choix des systèmes. Cela ne bride absolument pas le gaz.  En revanche, en 2025, quand il faudra respecter le seuil de 6,5 kgCO2/m².an, les systèmes à énergie fossile ne passeront plus, à moins de s'associer aux énergies renouvelables.

L'hybridation serait-elle une solution pour les énergies carbonées ?

Les solutions potentielles hybrides (gaz + thermodynamique) sont intéressantes. En effet, ces systèmes permettent de faire fonctionner les deux systèmes à leurs meilleurs rendements mais impliquent donc deux systèmes de production de chaleur (PAC + chaudière gaz) à installer et à entretenir. Il conviendra donc de vérifier leur pertinence technique et économique à la fois à l’installation et en exploitation.

Quelle sera la solution la plus retenue dans le collectif selon vous ?

Clairement, à l'application de la RE2020, vu les seuils actuels, la chaudière gaz individuelle avec un Bbio à – 30% sort grande gagnante. Si la maitrise d’ouvrage souhaite du chauffage collectif, en choisissant le gaz comme énergie, il faudra améliorer le niveau Bbio d’environ 5% ou rajouter une énergie renouvelable en complément du gaz collectif, comme des chaudières numériques, du solaire thermique ou de la récupération de chaleur sur les eaux usées. Je m’interroge sur la progression possible des chaudières individuelles gaz dans le collectif avec le millésime 2021. En effet, comment, à terme, pourrons-nous les " verdir " ? L’objectif est que nos bâtiments durent le plus longtemps possible, et qu’ils soient bien en phase avec la neutralité carbone en 2050. Je pense qu'il sera compliqué, sur la période 2020-2050, d’améliorer une chaudière gaz individuelle, de lui rajouter du solaire thermique ou de la remplacer par une pompe à chaleur, à terme plus performante et moins carbonée. A moins de voir l’émergence rapide de la filière biogaz, les bâtiments faisant ce choix énergétique resteront fortement émetteurs de CO2.

La RE2020 pourrait-elle signer le retour du solaire thermique ?

La technologie a subi beaucoup de mauvais retours d’expérience. On constate en effet des défauts de fonctionnement sur de nombreuses installations.  Les industriels ont de fait laissé un peu de côté le solaire thermique, ils ne le portent pas. Pour revoir des capteurs solaires thermiques sur les bâtiments, il y a donc déjà une belle image à refaire. Nous avons encore trois ans de travail et d'évolution des technologies pour trouver le bon couplage entre performance énergétique et mixité d'énergies pour aborder sereinement le millésime 2024 de la RE2020.

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