Quand l’observatoire du Mont Aigoual, site géré par Météofrance, entreprend une rénovation énergétique de ses murs anciens, le choix se porte sur une chaufferie exclusivement aux granulés. Une volonté politique et écologique pour aller avec ce site naturel mais qui a donné quelques sueurs froides, même très froides aux équipes de conception et d’installation.

Cascade de granulés en haute altitude

L’observatoire du Mont Aigoual est un site météorologique qui culmine à 1 567 m d’altitude au sud du Massif central, entre les départements du Gard et de la Lozère. Ce qui en fait sa particularité, en plus de son style architectural médiéval, de ses vieilles pierres et de sa tour crantée, c’est surtout que sur ce plateau sont enregistrées les rafales les plus fortes et les plus longues que le territoire français connaisse. Ajoutez à cela des températures parfois très basses et vous obtenez un paysage digne de Game of Thrones ou La Reine des neiges, chacun choisira sa référence. Cette particularité météorologique en fait d’ailleurs un laboratoire extérieur idéal pour les industriels qui souhaitent notamment tester leurs produits dans des conditions extrêmes, comme des peintures ou de l’aluminium. En revanche, pour ce qui est de l’installation de systèmes de chauffage et de réseaux hydrauliques, la complexité du site peut mettre à mal les équipes.

D’un aérotherme au fioul non conforme...

Pourtant, il fallait bien rénover cette vieille bâtisse qui abrite plusieurs experts de Météo France jour et nuit et qui accueille, à la belle saison, les touristes venant découvrir ces spécificités climatiques du Mont Aigoual. Avant les travaux, l’observatoire ne disposait pas de réseau d’eau potable, de quoi durcir encore un peu plus les conditions de vie des météorologues. Quant au chauffage existant, il était pour le moins atypique, à en croire les dires de Pauline Albaret, chargée d’affaires CVC au sein du bureau d’études techniques INSE en charge de la conception du chantier. « Le site n’était quasiment pas chauffé et disposait d’une espèce de gros aérotherme au fioul pour chauffer. Ce n’était pas du tout conforme, cela chauffait de l’air soufflé, mais surtout c’était très énergivore. » La communauté de communes Causses Aigoual Cévennes, propriétaire des lieux et en charge de la rénovation de l’observatoire, a donc souhaité courant 2017 de remplacer ce système par une solution plus respectueuse de l’environnement pour coïncider avec la beauté naturelle du site sur lequel le Mont Aigoual est érigé.

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Les deux chaudières granulés en cascade

Et quoi de mieux dans un site naturel tel le parc des Cévennes que d’opter pour le bois-énergie. « Le granulé était une volonté du maitre d’ouvrage. Les élus souhaitent développer la filière bois locale » explique l’ingénieure. A donc été décidé d’installer, en remplacement de ce gros aérotherme au fioul, deux chaudières à granulés de 68 kW en cascade pour subvenir intégralement aux besoins de chauffage du site. Selon Pauline Albaret, l’avantage de ce montage est d’avoir toujours l’une des deux chaudières en fonctionnement et l’autre en secours si une panne survient. Une régulation a été installée donnant comme consigne de faire tourner durant l’hiver chaque chaudière 25 heures avant de basculer sur l’autre. Les besoins en chauffage ne concernent l’hiver que les logements occupés par les spécialistes de Météofrance. Le musée reste quant à lui en hors gel tout l’hiver, n’étant ouvert au public que lors de la belle saison. Une fois les températures douces revenues, soit entre juillet et septembre, le chauffage est donc arrêté.

... à la cascade vertueuse de chaudières granulés

Si le choix du chauffage intégral aux granulés semble politiquement correct, pour Pauline Albaret, il aurait peut-être été préférable de prévoir un appoint avec une autre énergie. « Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurais au moins installé une petite chaudière au fioul pour sécuriser l’installation. Je dois avouer que cela m’a fait un peu peur de choisir un chauffage 100 % au bois étant donné la localisation du site. Dès la moindre intempérie, il deviendra impossible de livrer des granulés, les camions ne pourront pas monter à cause de la neige et du vent. Il faudra être très prévenant dans la gestion et l’approvisionnement des granulés. » Et pour preuve, les anecdotes ont déjà débuté juste après la mise en service du système.

« La première livraison de 9 m3 s’est plutôt bien déroulée, se souvient Rémi Andrade, chargé d’affaires de Thermatic, entreprise en charge de l’installation. Sauf que la quantité de granulés ne correspondait qu’à la contenance du camion. J’avais bien prévenu le client de faire le plein du silo, d’une contenance de 45 m3, une fois la mise en service réalisée. Malheureusement, cela n’a pas été réalisé en temps et en heure. Bilan, nous nous sommes retrouvés avec une congère devant le silo et la chaufferie. Le client a dû faire venir des engins de déneigeage courant décembre pour que le camion puisse livrer. » D’ailleurs, ce n’est pas la seule péripétie qu’ont rencontrée les installateurs sur le chantier.

La belle bâtisse de l’observatoire aux allures de château écossais a joué quelques tours aux professionnels. « Dans une salle d’exposition du musée où nous avions posé six cassettes et les réseaux qui vont avec, l’architecte nous a finalement demandé de tout enlever. Ils ont décidé de renforcer la toiture pour faire une toiture-terrasse. Avec le poids de la neige, il a fallu ajouter des poutres métalliques. Cette modification a fait perdre énormément de temps mais aussi de l’argent au client. » D’une manière générale, la pose de réseaux s’est avérée plus compliquée que prévu confie Rémi Andrade. « Nous avons essayé de nous adapter au maximum au cheminement existant. Ce fameux gros aérotherme alimenté au fioul, qui, soit dit en passant était du jamais vu pour moi, soufflait dans des gaines métalliques et bois qui débouchaient dans tous les locaux. Lors de la dépose de ces gaines, nous avons gardé les cheminements pour ne pas abîmer le bâti et gagner du temps. »

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L'intérieur du musée

Gagner du temps, ou plutôt ne pas trop en perdre. Le chantier, commencé en 2019, a été suspendu à plusieurs reprises. Déjà, la crise sanitaire est passée par là, obligeant une mise à l’arrêt courant 2020. Ensuite, il a fallu faire avec les modifications sur chantier et les surprises telles que la mise en place initiale d’un bloc sanitaire d’un côté du bâtiment, finalement modifié de place à cause d’un rocher sur lequel les artisans sont tombés en creusant dans le sol. Il a fallu également faire preuve d’agilité pour s’adapter au bâti. Si au départ les professionnels avaient opté pour des cassettes, il a fallu passer finalement sur des allèges à certains endroits à cause des voûtes. Et parce qu’un chantier à l’observatoire du Mont Aigoual est un chantier de l’extrême, les intempéries ont également chassé les artisans cet hiver. Depuis novembre et jusqu’en avril, le chantier est donc en suspend. Rémi Andrade espère pouvoir livrer fin 2022. Une fois sur place, les occupants du site recevront quant à eux des notifications d’alerte par mail, un service fourni par Ökofen, le fabricant des chaudières si jamais celles-ci venaient à rencontrer des dysfonctionnements.

FICHE TECHNIQUE

Localisation

Mont Aigoual

Équipements

  • 2 chaudières granulés 68 kW Ökofen en cascade
  • 1 silo de 45 m3
  • Cassettes, allèges, radiateurs à tête thermostatique et ventiloconvecteurs

Exploitation 

Dès fin 2022

Postes couverts

Chauffage des appartements et du musée

Acteurs

  • Conception : BET INSE
  • Installation : Thermatic
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