Après la crise sanitaire et les ralentissements dans les livraisons d'équipements CVC, les hausses de prix des énergies et la guerre en Ukraine rappelant notre dépendance énergétique, sans oublier les risques de réseaux électriques en tension lors de gros pics de chaleur ou de gros coups de froid, et bien sûr les enjeux écologiques, l'autonomie énergétique n'a jamais été autant envisagée par les Français. Si le photovoltaïque séduit de plus en plus, la chaleur solaire doit quant à elle faire encore ses preuves. Et les premiers à convaincre semblent se trouver du côté des professionnels.

Chaleur solaire, photovoltaïque... À quand une place au soleil ?

Rien d'étonnant, entre l'été qui arrive et l'instabilité qui règne autour des énergies depuis le début de l'année, tous se mettent à lever la tête et à réfléchir à une autre source d'énergie que celles classiquement utilisées pour se chauffer, se rafraîchir et, bien sûr, s'éclairer. Oui, mais voilà, cette année, l'énergie solaire pourrait gagner un peu plus le cœur des Français dont les finances et les nerfs ont été affaiblis depuis le début de la crise sanitaire. Le solaire photovoltaïque, plus connu que le solaire thermique pour avoir connu des heures de gloire dans les années 2000, pourrait connaître une émergence boostée par la conjoncture actuelle.

Si nos voisins allemands occupent toujours la pole position sur le marché du photovoltaïque européen, avec 5,3 GW installés en 2021, et que les Pays-Bas comptent quant à eux une croissance de 765 watts par habitant l'an dernier, la France reste encore absente du TOP 10 malgré des projets de grande, voire très grande envergure. En témoigne la nouvelle centrale solaire photovoltaïque inaugurée début mai à Bordeaux sur les bords de la Gironde et présentée comme la plus vaste d'Europe en zone urbaine avec ses 150 000 panneaux solaires sur 60 hectares pour produire 75,5 GWh. Et à en croire les professionnels du secteur, au vu du prix de l'électricité, les panneaux photovoltaïques devraient pousser de plus en plus sur les toits des logements. Chez le spécialiste des travaux de rénovation énergétique, on avait d'ailleurs prédit l'arrivée, ou la confirmation, de cette tendance de l'autoconsommation avec le lancement d'une offre d'installation de panneaux photovoltaïques en juin 2021 après avoir étudié les demandes des particuliers. " Lors des simulations réalisées sur notre site Internet, nous avions constaté qu'entre avril 2020 et avril 2021, 22 000 ménages étaient intéressés par la pose de panneaux photovoltaïques. Un an plus tard, les demandes d'installations d'autoconsommation ont doublé, atteignant 42 000 dossiers en avril dernier " confie Cédric Bocquet, directeur des opérations solaires chez Effy.

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Aqua Sun
Pose de panneaux solaires

L'entreprise, spécialiste des CEE constate cependant que la majorité des demandes concernent des projets d'installation de panneaux solaires photovoltaïques uniquement " pour réduire les factures d'électricité " concède Cédric Bocquet. L'offre d'autoconsommation développée par Effy comprend d'ailleurs la vente de surplus d'énergie, dans le cadre réglementaire mis en place par le gouvernement qui permet d'obtenir une prime d’investissement, d'où l'intérêt financier d'une telle installation. " Il peut cependant arriver que nous complétions le dispositif avec un artisan local pour la mise en place de production d'eau chaude plus économe en faisant installer par exemple un chauffe-eau thermodynamique en complément. "

Des pros à convaincre

La première motivation pour passer au solaire, on s'en doutait, se trouve donc dans le portefeuille des usagers finaux. Pourtant, des panneaux photovoltaïques seuls ne sont pas forcément une réponse pertinente quand on souhaite proposer une réelle autonomie énergétique à ses clients. Chez Aqua Sun à Montardon dans le département des Pyrénées-Atlantiques, on préfère prévoir des installations plus complètes. " Pour viser l'autonomie énergétique des maisons individuelles, nous proposons à nos clients l'installation d'une chaudière solaire couplée à une PAC air / eau et des panneaux solaires photovoltaïques ainsi qu'une batterie virtuelle qui permet de réguler la production, l'accumulation et la distribution de l'énergie solaire " détaille Gaël Parrens, gérant de l'entreprise d'installation. Des systèmes très complets qui peuvent cependant en refroidir certains car nécessitant un budget conséquent de départ. Pourtant, le président de région de l'UMGCCP-FFB se défend. " Il faut savoir faire les choses bien dès le début ! On ne va pas s'amuser à poser juste du photovoltaïque pour faire joli. Des solutions réelles existent pour rendre les ménages indépendants en énergie ! Et le retour sur investissement est vraiment intéressant avec ce genre de montage. Une fois que les clients ont compris comment cela fonctionne, ils sont conquis ! " 

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Aqua Sun
Une maison dans le Pays Basque équipée de solaire thermique et de photovoltaïque

Mais alors, si les particuliers, surtout ceux dont l'aspect financier n'est pas un frein pour installer de tels systèmes, ne sont pas si difficiles à convaincre, comment se fait-il que les montages d'autonomie énergétique ne sont pas plus répandus en France ? " Je crois qu'il faut d'abord motiver les troupes sur le terrain, concède Gaël Parrens. Beaucoup de confrères n'osent pas aller vers l'énergie solaire et le stockage d'énergie. Ils ne voient pas l'intérêt parce que leurs carnets de commandes sont déjà bien remplis. D'autres pensent aussi que l'énergie solaire est réservée à une partie géographique bien précise, plutôt dans le Sud de la France, ce qui est complètement faux quand vous voyez les toits des Allemands et des Néerlandais  recouverts de panneaux. Je pense que pour faire émerger l'énergie solaire, il faut surtout faire preuve de pédagogie auprès de mes confrères, leur faire comprendre que c'est ça l'avenir de notre métier, pour leur business mais aussi pour la planète. "

Des calories solaires à valoriser

Pour Richard Loyen, délégué général du syndicat Enerplan représentant les professionnels de l'énergie solaire, il faut surtout éveiller les mentalités sur le potentiel de la chaleur solaire. " Le photovoltaïque occupe le devant de la scène par simplicité d'installation, justifie-t-il. Le solaire thermique peut être plus compliqué parce qu'il faut faire passer les réseaux d'eau. Et puis, la technologie est en concurrence directe avec la thermodynamique largement soutenue par le gouvernement ces dernières années. Pourtant, l'avantage du solaire c'est qu'à la fin, vous n'avez pas de facture ! D'autant que vous pouvez mixer du solaire thermique avec une PAC géothermique pour augmenter le COP de l'appareil. Si vous souhaitez garder votre chaudière gaz, le solaire thermique peut également compléter la production d'ECS et faire économiser la consommation de CH4. Le solaire thermique peut intégrer du stockage dans un ballon ECS ou un plancher chauffant. Il peut aussi permettre un stockage hydraulique en système solaire combiné (SSC). Bref, il y a pléthore de solutions qui s'offrent aux installateurs aujourd'hui pour faire émerger la chaleur solaire ! Produire des électrons, ça fait rêver, mais les calories sont tout aussi importantes ! "

Il faut dire que le solaire thermique pâtit encore d'une mauvaise image, la faute à des installations dans le collectif datant des années 2000 qui n'étaient pas effectives et qui, sans surveillance, n'ont forcément pas apporté le confort financier espéré. " Les maîtres d'ouvrage se sont détournés de la technologie parce qu'ils s'en méfiaient, confie Richard Loyen. La filière a su reprendre les choses en main. Au sein d'Enerplan, nous avons notamment créé SoCol, une structure d'accompagnement dédiée à la chaleur solaire dans le collectif. " Pour le délégué général d'Enerplan, la première étape à réussir pour l'émergence du solaire thermique dans le collectif est la montée en compétences des bureaux d’études. Un avis que partage John Jamet, alias Monsieur Solaire, installateur et réparateur de solaire thermique collectif en Île-de-France (interview à retrouver ici). " Aujourd'hui, près de 20 % des installations sont mal conçues. Les bureaux d’études n’ont pas forcément l’expertise et les installations sont mal réalisées parce que les artisans ne font qu’exécuter ce qu’on leur demande de faire. " Selon le professionnel, il faudrait d'ailleurs exiger que la pose de solaire thermique soit réalisée par un installateur qualifié RGE QualiSol, pour éviter tout problème par la suite.

Des industriels déjà sur le terrain

En tout cas, du côté des industriels, on continue de croire à l'intérêt du solaire thermique. Viessmann avait lancé en 2021 une solution XXL destinée à alimenter des réseaux de chaleur. De son côté, ÖkoFEN, plus connu pour ses chaudières à granulés, a depuis longtemps gardé une activité solaire thermique. Si le marché reste discret, il prend doucement de plus en plus de place. " Depuis 2007, nous poussons la technologie avec nos produits, détaille Thomas Perrissin, codirecteur général d'ÖkoFEN France. Notre marché est en croissance, on ne fait que vendre plus chaque année. L'an dernier, nous avons enregistré une hausse de 35 % sur notre activité solaire thermique. 5 à 10 % de nos chaudières à granulés sont d'ailleurs vendues avec du solaire thermique. Les gens sont déjà équipés à 100% d'énergies renouvelables, ils vont décider d'aller encore plus loin en faisant installer du solaire thermique. " Et l'industriel a un argument de choc qu'il aime donner aux installateurs pour favoriser l'évangélisation du solaire thermique. " Le solaire thermique, c'est comme l'isolation, c’est juste une consommation énergétique en moins. L'avantage attendu par les clients est de pouvoir couper la chaudière six mois de l’année et continuer à produire de l'ECS gratuitement, sans résistance électrique. " Reste à voir si cet argument suffira à lui seul pour faire enfin briller la chaleur solaire dans le résidentiel, en attendant qu'une incitation gouvernementale ne vienne soutenir la technologie à l'image de la PAC air / eau.

Retrouvez notre dossier sur l'énergie solaire dans le numéro 39 de juin de Génie Climatique Magazine.

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