Arthur Jouannic, expert du marché européen de la maison connectée et la gestion d'énergie dans le bâtiment au sein de Delta EE, estime que les énergéticiens seront les plus à même de gagner cette bataille.

" D'ici deux ans, nous serons capables de faire de la maintenance prédictive en France "

La généralisation de la régulation, dans le tertiaire comme dans le résidentiel, annonce-t-elle le début de la maintenance prédictive en France ?

Il y a véritablement un business à faire sur la maintenance prédictive, ou tout du moins sur la maintenance connectée. Dans les secteurs du chauffage et de la climatisation, ces dernières années ont prouvé que le dispositif offre plus de confort à l’utilisateur et fait faire des économies aux mainteneurs. Selon les données que nous avons récoltées, la télémaintenance connectée permet d’économiser un déplacement sur cinq lors de la première visite, mais aussi d’éviter une deuxième intervention, notamment si une pièce doit être changée, car elle aura été commandée avant même la venue sur site.

La maintenance connectée ne fait-elle pas perdre la main aux industriels du génie climatique au profit des pures players de la régulation ?

Au contraire, il y a un rôle à jouer pour les deux types d’acteurs. D’un côté, les pures players de la régulation comme Tado peuvent faire du monitoring sur quasiment toutes les marques de chaudière. Mais de l’autre, Tado n’aura jamais autant de données et de compréhension de données comme aurait un fabricant de sa propre chaudière. La grosse question étant qui va utiliser cette maintenance connectée et quel niveau de détails ces entreprises auront besoin pour être efficaces ? Nous manquons encore de recul pour y répondre.

Et qu'en est-il des mainteneurs ? Ont-ils encore leur place ?

Ils ne sont plus embêtés avec le service clients, les « faux problèmes » qui prennent du temps et de l’énergie, et peuvent se consacrer intégralement à la réelle maintenance, nécessaire et efficace.

Mais l’émergence de la maintenance connectée ne dessert-elle pas les TPE du génie climatique ?

C’est certain que les TPE du génie climatique ne sont pas les premiers acteurs de la maintenance connectée. En revanche, le marché de la maintenance est tellement fragmenté, qu’à moins d’une consolidation nationale rapide, je ne vois pas comment le plombier du coin de la rue va être négativement impacté par cette tendance. Au contraire, les jeunes qui veulent se lancer auront maintenant plus d’outils numériques pour développer leur business.

Les Français sont-ils prêts à payer plus pour ce genre de services ?

Vraisemblablement, oui. Selon nos études, un Français sur deux se dit favorable à débourser 2 ou 3 euros de plus par mois à son contrat de télémaintenance pour que celle-ci soit connectée.

Et la maintenance prédictive, c’est pour quand ?

Il faut encore emmagasiner des datas pour, d’ici deux à quatre ans, proposer une véritable maintenance prédictive. C’est le temps nécessaire pour comprendre le fonctionnement de la chaudière, afin de pouvoir anticiper les pannes dès que la pression baisse ou autre. L’intelligence artificielle y est presque. Il faut maintenant être un peu patient pour stocker et analyser suffisamment de données sur les équipements.

Qui, demain, pourra prétendre régner sur la maintenance prédictive ?

Engie Home Services, Cham, Proxiserve sont des noms qui reviennent souvent. Ils sont les plus à même de bénéficier de la maintenance connectée. Quand on peut économiser 10 à 20 % de coûts opérationnels à l’échelle nationale, cela représente énormément. Il y a une grosse bataille de R&D digitale qui se passe en ce moment même. Cela va aussi leur permettre d’ajouter une brique solide à des offres de leasing ou « as-a-service ». Mais ne négligeons pas les grands industriels qui passent de gros contrats avec des bailleurs sociaux sans avoir à passer par de si grands prestataires de services. Le marché est énorme car les bailleurs sociaux se doivent d’investir dans la maintenance connectée pour répondre à leurs besoins de mieux gérer leurs bâtiments et de réduire leur coûts d’entretien, pour réinvestir ces économies dans du logement abordable.

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