Pierre Lefebvre, à la tête d'une entreprise d'installation et de maintenance près de Nîmes (30) s'est confié à Génie Climatique Magazine sur les effets de la crise sanitaire dans le milieu du chauffage.

Comment vivez-vous cet après-confinements ?

Comme beaucoup, en mars 2020, nous nous sommes arrêtés par peur, mais aussi pour nous laisser le temps de comprendre la situation. Nous avons rapidement vu que les chantiers de construction de bâtiments continuaient à avancer. Nous avons repris l'activité en jonglant avec des salariés qui voulaient s'arrêter, craignant la Covid-19 mais aussi pour gérer le confinement en famille, et d'autres qui, seuls, tournaient en rond chez eux et ne demandaient qu'à travailler. Une fois de nouveau sur le terrain, nous avons dû faire avec, ou plutôt sans le matériel, étant confrontés à des problèmes d'approvisionnement. Toute la chaîne de transport a été un peu stoppée au printemps dernier. Depuis, le rythme semble être revenu à ce niveau, et heureusement car maintenant, et c'est la grosse nouveauté pour nous, l'activité ne cesse d'augmenter, tous secteurs confondus.

Comment expliquez-vous cette hausse d'activité ?

Il y a forcément le retard à rattraper, les projets suspendus dans le neuf qui repartent et les craintes des promoteurs, investisseurs ou autres qui s'envolent. Nous voyons également un dynamisme certain sur le marché de la rénovation. Il y a aussi un réel développement de l'agglomération nîmoise ces derniers temps. On voit des grues partout par ici ! Conséquence, le travail ne manque pas pour nous. Et puis, depuis quatorze ans d'existence, notre entreprise a su gagner la confiance de ses clients. Le bouche-à-oreille nous est très favorable et nous avons renforcé notre présence sur les réseaux sociaux pour montrer nos chantiers.

Avec un si beau portrait, vous devez être serein pour l'avenir, non ?

Pas forcément. Aujourd'hui nous subissons le contre-coup de la crise sanitaire avec une envolée des prix des matières premières. Tous les dérivés du pétrole, plastique, matériaux de synthèse, le cuivre, l'acier, ainsi que les porcelaines ont subi de nettes hausses. Les coûts de transport sont aussi une des causes majeures de cette flambée des prix, en plus de la spéculation liée au principe d'offre et de demande d'envergure mondiale. Au final, ce sont nous, installateurs en bout de chaîne qui en payons les conséquences. Je ne peux plus garantir mes conditions tarifaires sur trois ou quatre mois à mes clients comme je le faisais avant. Désormais, je ne m'engage que sur un mois maximum.

Quelle est la réaction de vos clients face à cette hausse des prix ?

Les clients entendent que l'effet Covid fasse un peu grimper les devis, mais je ne veux pas en abuser. J’ai un contrat de confiance avec eux. Je préfère, en tant que chef d'entreprise, trouver des solutions avec mes fournisseurs. J'estime avoir suffisamment de poids pour leur faire comprendre que partager la baisse des marges entre nous sera moins impactante pour tout le monde. En revanche, je crois, d'une manière générale, que les professionnels du Bâtiment ne devraient pas casser les prix de leurs prestations, au risque de dégrader l'image qu'on a de nous.

Quel serait l'intérêt à faire payer plus cher les interventions ?

Il est peut-être temps de redorer le blason de nos métiers, pas seulement par le biais de centres d'apprentis mais aussi par nos hausses de prix et de marges, parce que si nous ne sommes pas assez chers, nous ne sommes pas pris au sérieux. Les entreprises qui proposent des prix ras-les-pâquerettes sont éphémères, elles coulent au bout de trois à quatre ans. Nous, professionnels sérieux, nous en avons conscience. Nous devons maintenant faire comprendre à nos clients qu'en faisant travailler quelqu'un bien en dessous des tarifs moyens engendrera des problèmes sur la qualité de l'intervention mais également sur la pérennité de l'économie du secteur. Nous ne devons pas dénigrer notre savoir et notre travail.

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