A la suite de son père Yves, qui avait acquis l’entreprise en 1975, Frédéric Coirier a pris les rênes du Groupe Poujoulat en 2002. Diversifié et internationalisé, le groupe est devenu un acteur central du marché du bois-énergie, et s’ouvre à la ventilation.

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Dans un marché du génie climatique très perturbé, le groupe Poujoulat affiche des résultats stables. À quoi attribuez-vous cette performance relative ?

Cette résilience s’explique par la diversité de nos activités. Notre branche équipement, notamment les conduits de cheminée industriels, subit les contrecoups de la dynamique de l’immobilier neuf et de la rénovation. En revanche, notre activité bois énergie connaît une forte croissance portée par le développement du marché des énergies renouvelables.

Cette diversification, renforcée par des acquisitions en Espagne et plus récemment la société Pro Galva, nous offre un portefeuille de produits et de services unique dans notre secteur.

Votre activité repose largement sur le bois énergie. Or, ce combustible semble remis en cause par les pouvoirs publics ces derniers mois. Va-t-on manquer de bois à brûler ?

Un débat existe effectivement sur la disponibilité de la biomasse, avec le principe du «cascading» prôné par Bruxelles : prioriser d’abord la construction, puis l’industrie, et enfin l’énergie. Mais les ressources sont largement suffisantes.

Contrairement aux idées reçues, le bois énergie se développe sans augmentation significative de la consommation. L’efficacité énergétique des systèmes, la qualité accrue des combustibles – qui permet d’économiser 25 à 30 % – et l’amélioration thermique des bâtiments compensent largement la multiplication des équipements. À horizon de 10 ans, même avec un parc beaucoup plus important, la consommation devrait diminuer de 15 à 30 %.

Qu’en est-il de la qualité de l’air ? Quelle est votre réponse face aux critiques sur la pollution par les particules fines, voire ultrafines ?

De nombreux chiffres ont circulé, évoquant parfois 60 % d’émissions. La réa­lité, confirmée par les dernières publi­cations gouvernementales, est bien différente : le bois de chauffage résidentiel représente au maximum 18 % des émissions de particules. C’est un sujet légitime, mais loin d’être majoritaire.

Nous disposons de solutions techniques concrètes : performance des équipements (appareils et conduits), qualité des combustibles et bonnes pratiques d’usage. Comme l’ont démontré plusieurs études, notamment celles du laboratoire Ceric, ces améliorations permettront, dans les dix prochaines années, de diviser par trois les émissions de particules tout en augmentant le parc d’équipements. Rappelons que ces émissions ont déjà été réduites de moitié au cours des vingt dernières années.

Concernant les particules ultrafines, elles dépendent de la qualité de la combustion. Les nouveaux systèmes, bien qu’ils en produisent proportionnellement davantage, émettent au total 5 à 10 fois moins que les équipements anciens.

L’entretien joue-t-il un rôle dans cette équation environnementale ?

Absolument. Le professionnel est indispensable, dès la conception. C’est lui qui dimensionne correctement l’équipement pour garantir efficacité et confort. Un appareil surdimensionné surchauffe et encourage une mauvaise utilisation.

L’installation de qualité est essentielle, d’où les labels RGE et les formations désormais obligatoires pour les professionnels. L’entretien annuel, imposé par arrêté, assure la performance dans la durée. Le professionnel entretient le conduit et l’appareil, conseille le consommateur sur l’utilisation optimale et recommande les combustibles appropriés.

Comment le bois trouve-t-il sa place dans un monde qui s’électrifie massivement ?

Il n’existe pas de solution unique. L’électrification est inéluctable, mais l’électricité ne représente qu’un quart de la consommation des ménages. Le bois énergie, qui assure 25 % de la chaleur résidentielle, reste indispensable dans un mix diversifié. La dépendance exclusive à une seule énergie, comme l’a montré l’Allemagne avec le gaz russe, comporte des risques considérables.

Les réseaux électriques ne peuvent absorber toutes les variations de consommation. En hiver, le bois énergie joue un rôle tampon crucial : à 19 heures, le parc domestique équivaut à 10 tranches nucléaires. Le groupe Poujoulat accompagne cette transition en proposant des solutions électriques (pompes à chaleur, ballons thermodynamiques) tout en défendant la biomasse comme complément indispensable.

Vous avez lancé l’année dernière Vitalome, une activité sur le segment de la ventilation. Pourquoi ce nouveau marché ?

Les moteurs de VMC sont aujourd’hui performants et sophistiqués, mais le maillon faible réside dans les réseaux de ventilation. Notre constat ressemble à celui fait par Poujoulat il y a 50 ans pour les conduits de fumée, alors maçonnés et inadaptés aux nouvelles technologies.

Sur les 20 millions de maisons françaises, 40 % disposent d’une VMC, jamais entretenue. Après 2 à 4 ans, les réseaux s’encrassent, la performance se dégrade, et remplacer le moteur implique de tout changer. Notre proposition : un réseau durable, visitable et entretenable. Le moteur se remplace, le réseau reste. À l’horizontale ce que Poujoulat fait à la verticale, avec une promesse de qualité d’air optimale dans la durée. Un enjeu de santé publique dans des maisons où l’air intérieur est souvent plus pollué qu’à l’extérieur.

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Les capteurs connectés mesurant la qualité de l’air intérieur peuvent-ils accélérer cette prise de conscience ?

Plusieurs facteurs convergent favorablement. La profession elle-même n’était pas structurée : différents corps de métiers installent des ventilations (électriciens, «ventilistes»). Les formations manquaient également, l’Agecic vient d’en créer une.

Les consommateurs sont mieux informés grâce aux capteurs et objets connectés. Le succès commercial de produits comme les purificateurs d’air témoigne de cet intérêt croissant pour la qualité de l’air intérieur. L’absence d’offre adaptée constituait un frein supplémentaire, que nous levons. Les retours des premiers chantiers – une douzaine de mois de développement, plusieurs dizaines de réalisations – sont excellents. Des familles avec de jeunes enfants asthmatiques constatent une amélioration significative, voire une disparition des symptômes, grâce à l’amélioration du renouvellement de l’air intérieur.

Nous sommes convaincus que cette solution connaîtra un développement massif à moyen terme.

Vous présidez le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI). Quelle est votre position sur la taxe Zucman dans ce contexte de crise des finances publiques ?

Au-delà de la taxe Zucman, il faut rappeler une réalité : on pense taxer les personnes physiques, mais ce sont les entreprises qui paieront. Nous devrons puiser dans nos caisses, ce qui est absurde. Cette fiscalité pèsera exclusivement sur ceux qui produisent en France, tandis que les concurrents étrangers en seront exemptés.

Plus fondamentalement, nous n’abordons pas les vrais sujets. Face à une concurrence intense – européenne, américaine, asiatique –, les débats fiscaux apparaissent déconnectés de la réalité. Pour renforcer notre écosystème industriel, il faut améliorer notre compétitivité et aligner nos conditions sur la moyenne européenne. Le coût du travail qualifié et les impôts de production restent supérieurs, pénalisant quotidiennement nos entreprises.

Mon ambition : multiplier les champions industriels comme Poujoulat dans tous les domaines du bâtiment, pour que la France demeure une nation de premier plan dans notre secteur.

Frédéric Coirier en quatre dates

1974

Naissance

1997

BBA ESSEC et Bachelor de l’Université de Dortmund

2002

Prend les rênes du Groupe Poujoulat

2017

Co-président du Mouvemement des entreprises de taille intermédiaire (METI)