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Comment l'industrie des PAC se porte-t-elle après deux années difficiles ?
Arnaud Kautzmann : La filière traverse une crise. Depuis deux ans, le marché a chuté jusqu'au niveau de 2019, lors du lancement du coup de pouce. La situation est d'autant plus difficile que les acteurs avaient massivement investi en prévision de la croissance. Les industriels en paient aujourd'hui le prix fort. Nous restons confiants : ni la solution ni la technologie ne sont remises en cause, comme le confirme l'étude de l'Ademe. Nous avons atteint le point bas et disposons désormais de leviers pour relancer la dynamique de croissance.
Quelle a été l'incidence de cette crise côté installateurs et sur les qualifications ?
Daniel Jacquemot : Contrairement aux craintes, nos quatre qualifications PAC (dont les 5231 et 5232 pour l'installation) n'ont pas connu d'effondrement. De 3 500 entreprises qualifiées en 2023, nous sommes passés à 3 400 en 2025. Cette résilience s'explique par le fait que nos entreprises, essentiellement des chauffagistes, exercent d'autres activités parallèles. Sur la maintenance (qualifications 5263 et 5264), nous observons même une légère progression, bien que les effectifs restent modestes avec une cinquantaine d'entreprises. Ces qualifications demeurent méconnues du marché. La qualification reste indispensable même avec une activité réduite. Conscientes de la cyclicité du secteur, les entreprises préfèrent maintenir leurs compétences en vue de la reprise.
Comment Qualibat lutte-t-il contre l'éco-délinquance, particulièrement agile sur ce marché ?
D.J. : L'efficacité repose sur le filtrage à l'entrée. Une fois dans le système, ces acteurs investissent, embauchent et deviennent très difficiles à exclure, au risque de contentieux judiciaires. Nos qualifications imposent des exigences strictes en moyens humains et matériels. Pour la PAC, nous exigeons notamment des notes de dimensionnement et des attestations de capacité pour les chantiers de référence. L'expérience acquise face aux éco-délinquants nous permet de mieux les identifier en amont. Si certains passent malgré tout, les contrôles annuels constituent un second filtre, notamment via l'analyse des chiffres d'affaires. Des activités déclarées importantes avec des effectifs réduits constituent des signaux d'alerte permettant d'exclure ces acteurs indésirables.
Les bonifications récentes des CEE ne risquent-elles pas de faire revenir les dérives observées à l'époque des PAC à 1 euro ?
A.K. : L'évolution des CEE au 1er octobre réaffirme l'engagement gouvernemental et apporte la stabilité réglementaire demandée jusqu'à fin 2030. Ces aides constituent un levier de relance, notamment vers les ménages plus aisés au-delà des seuls précaires. Nous anticipons une accélération du marché. Mais évidemment, toute aide supplémentaire attire aussi les éco-délinquants. Nous progressons dans la lutte contre ce fléau, mais des failles subsistent. La stabilité réglementaire que nous demandons devrait justement nous permettre de combattre plus efficacement ces pratiques frauduleuses.
L'étude de l'Ademe montre des résultats globalement satisfaisants, avec des marges de progrès. Le SCOP moyen pourrait passer de 3 à 4,5 selon l'agence. Comment y parvenir ?
A.K.: Cette étude objective ce que la filière affirme depuis des années : la PAC est performante et génère des économies substantielles. Un système quatre fois plus performant que les générateurs traditionnels signifie une consommation divisée par quatre et des factures réduites d'autant. L'échantillon révèle un SCOP moyen de 3, prouvant que la majorité des installations fonctionnent correctement. L'étude confirme deux points majeurs : la division par deux des factures lors du remplacement d'une chaudière gaz ou fioul, et la capacité de la PAC à s'adapter à différentes zones climatiques et niveaux d'isolation. La PAC peut être installée en premier geste pour obtenir rapidement des gains de facture, sans empêcher une isolation ultérieure, indispensable pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Concernant les axes de progrès, atteindre un SCOP de 4,5 me paraît très ambitieux. Les principales améliorations portent sur l'installation, particulièrement le réglage de la loi d'eau, crucial à la mise en service comme tout au long de la vie de l'équipement. Nous devons également optimiser les pertes sur le réseau hydraulique. L'Afpac travaillera ces points avec l'Ademe et le bureau d'études auteur de l'étude.
L'Ademe pointe davantage l'installation que le matériel. Les référentiels Qualibat doivent-ils évoluer sur ces aspects techniques ?
D.J. : Nos trois grilles de contrôle PAC incluent déjà des points sur la loi d'eau, notés en écart mineur. Cependant, nos audits révèlent plus de 99 % de conformité, un résultat qui nous interpelle systématiquement. Nous avons engagé un travail avec nos auditeurs pour détailler ces points de contrôle. Les grilles incluent aussi des observations qui, sans être contraignantes, permettent d'élever les pratiques des entreprises. La modification des grilles nécessite toutefois la mobilisation de nombreux acteurs : l'Ademe, la DHUP, les organisations professionnelles (Capeb, FFB), etc. Qualibat prépare les propositions, mais c'est le ministère du Logement qui réunit les parties prenantes. Nous prévoyons de soumettre nos propositions en 2026. Cette étude de l'Ademe appuie clairement notre démarche.
L'étude relève des écarts de prix importants. Qualibat peut-il intervenir sur cet aspect ?
D.J. : Le prix n'est normalement pas un critère de qualification. Néanmoins, des tarifs démesurés nous alertent et nous incitent à examiner l'ensemble du dossier plus attentivement. Les devis font partie des éléments analysés, au même titre que le dimensionnement. Nous avons déjà constaté des aberrations, comme deux PAC pour un bâtiment de 80 m2. Un prix élevé constitue un indice qui nous conduit à vérifier si nous sommes face à un éco-délinquant plutôt qu'à une entreprise méritant sa qualification. Nous avons d'ailleurs sanctionné des entreprises pour vente sur foire lorsque des éléments juridiques n'étaient pas respectés.

Viessmann
Le collectif constitue un terrain de conquête pour la PAC.
Les prix d'installation restent élevés comparés aux chaudières. Ne risque-t-on pas de voir arriver des produits asiatiques de qualité à prix cassés, comme dans l'automobile ?
A.K. : L'Afpac recommande vivement de solliciter au moins deux ou trois devis pour éviter les prix et dimensionnements aberrants. Nous déconseillons formellement de signer lors d'une foire sans visite préalable au domicile et sans dimensionnement rigoureux. Sur le fond, la filière a conscience que le prix constitue un frein au déploiement. Mais l'étude de l'Ademe démontre une rentabilité avérée : deux ans de retour sur investissement avec aides, sept à huit ans sans aides. La performance compense largement le surcoût initial. Les industriels sont en phase d'innovation intensive pour répondre aux enjeux environnementaux et adapter les PAC à tous les bâtiments. Innover et baisser les prix simultanément reste complexe, mais tous travaillent à proposer des solutions plus abordables. Les pays asiatiques — pas seulement la Chine — produisent désormais des PAC de qualité. Notre objectif, partagé avec le gouvernement, est de développer le marché de la PAC en parallèle de la production européenne, idéalement française. C'est dans ce cadre qu'un mécanisme d'éco-conditionnalité sera mis en place l'année prochaine.
Ce mécanisme portera sur l'assemblage européen et une marque minimale de qualité pour accéder à la bonification CEE. Qualibat pourrait-il intégrer ces critères dans ses qualifications ?
D.J. : Nous avons un précédent avec les portes blindées, où la marque NF est devenue obligatoire dans une de nos certifications. Nous disposons de trois leviers possibles. Le plus simple serait d'imposer au niveau de la mention RGE l'utilisation de PAC certifiées NF, Eurovent, HP Keymark ou équivalent. Les chantiers de référence RGE dépendraient alors de cette exigence. Deuxième option : intégrer cette exigence dans nos référentiels complémentaires, uniquement pour les chantiers de référence fournis par les entreprises. L'étape ultime consisterait à l'imposer dans la définition même des qualifications 5231 et 5232, mais cela nécessiterait un appui réglementaire fort et que l'essentiel des PAC vendues disposent de ces marques. Qualibat peut faire évoluer rapidement ses exigences complémentaires si les organisations professionnelles (Capeb, FFB) ou le cadre réglementaire le demandent. Nous avons déjà des précédents où nous exigeons des PV de réception ou d'essai sur les produits installés.
Le collectif constitue un chantier majeur pour remplacer les chaudières collectives. Comment accompagnez-vous les professionnels sur ce segment ?
D.J. : Nos audits et contrôles de réalisation permettent déjà d'accompagner les entreprises actives sur le collectif. Les observations relevées les aident à monter en compétence. Nous communiquons sur ce que nous appelons la « famille 5 », regroupant toutes les qualifications CVC, PAC et photovoltaïque, notamment lors de salons professionnels. Communiquer sur 330 qualifications serait trop complexe. Surtout, nous mettons à disposition via la Qualibathèque l'ensemble des normes et DTU du secteur. Les entreprises accèdent gratuitement à toute la documentation technique nécessaire pour intervenir sur ces installations collectives spécifiques.
A.K. : Le logement collectif est un marché naissant pour le développement de la PAC. L'Afpac est partenaire de l'Ademe depuis plus d'un an, pour lever des freins au développement des PAC en système centralisé. Nous avons édité un guide avant l'été sur le raccordement électrique en partenariat avec Enedis, pour que la filière ait les bons réflexes et les bons ordres de grandeur. Nous venons d'éditer un guide sur l'acoustique en partenariat avec le Giac, pour donner des notions et des bons réflexes. D'autres travaux sont en cours, sur le dimensionnement en collectif et sur l'intégration architecturale.
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