Pascal Housset, président de l’UMGCCP à la FFB, revient sur une rentrée marquée par un été caniculaire, sur le rebond attendu de la pompe à chaleur et sur la place que doivent conserver la réversibilité, l’hybridation et les bioénergies face à un plan d’électrification qui, selon lui, doit composer avec les attentes des consommateurs.

 
 
 

En cette rentrée, comment se portent les entreprises du génie climatique ?

Je ne voudrais pas jeter un froid après cet été caniculaire, mais l’activité CVC et climatisation a été très soutenue : les entreprises ont du travail. Au travers du marché de la pompe à chaleur et de l’électrification, la demande devrait rester forte. On espère donc que 2026 sera un bon cru.

Après plusieurs années de chute, la pompe à chaleur air-eau retrouve-t-elle les faveurs des consommateurs ?

Il faut comprendre une chose : le consommateur investit dans son système de chauffage, pas seulement en fonction des aides, mais aussi au regard du coût de l’énergie. Avec ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz, un baril qui augmente, un prix du gaz qui grimpe, nos concitoyens cherchent avant tout à réduire leur facture, tout en maintenant le niveau de confort. Aujourd’hui, la demande se tourne davantage vers la climatisation et du rafraîchissement. La pompe à chaleur n’est plus seulement une réponse de confort d’hiver : elle doit aussi répondre au confort d’été.

La réversibilité peut éviter d’ajouter une climatisation. La filière doit-elle mieux s’en emparer ?

Ce n’est pas nouveau. Chez Réalitherm, cela fait quinze ans que nous installons des ventilo-convecteurs sur des pompes à chaleur aérothermiques, et même sur des hybrides gaz, pour faire du rafraîchissement. Avec des consoles à la place des radiateurs et des régimes d’eau maîtrisés, non pas de l’eau à 6 °C, mais à 10 ou 12 °C, on abaisse les températures en évitant les points de rosée et les problèmes de condensation. C’est maîtrisé, sous réserve, bien sûr, que la machine soit réversible et que les kits de rafraîchissement soient encore disponibles. Il faut former les gens et leur expliquer comment cela fonctionne. La solution est mature, mais pas encore très connue. Les pouvoirs publics nous interrogent d’ailleurs sur le sujet. Nous allons travailler avec toute la filière, les fabricants avec Uniclima, la distribution avec Coedis, ainsi qu’au sein de l’Afpac et du Cepac.

Le consommateur cherche une souplesse des usages et des choix énergétiques.

La PAC air-air tire son épingle du jeu. Vient-elle remplacer ou compléter l’existant ?

Les deux. Soit les gens équipent une ou deux pièces, en complément d’un système, soit ils équipent toute la maison. On voit alors deux profils. D’abord les pavillons tout électriques : on conseille de garder les convecteurs la première année pour tester l’hiver, quitte à les retirer ensuite. Ensuite les foyers au gaz, qui considèrent l’air-air comme une nouvelle forme d’hybridation : en mi-saison, quelques degrés suffisent, et la chaudière prend le relais quand il fait vraiment froid. Le consommateur aime ce mix des systèmes, cette souplesse d’usage et de choix énergétique. La PAC air-air est aussi une très bonne amie du photovoltaïque et de l’autoconsommation, avec des journées de fonctionnement à coût quasi nul. On raisonne désormais en complémentarité : eau chaude, chauffage ou froid, voiture électrique, panneaux solaires, autant de systèmes qui se pluguent et se gèrent ensemble.

Le gouvernement pousse l’air-eau et veut la fin du gaz, mais les clients achètent de l’air-air et conservent leur chaudière. Les politiques publiques sont-elles écoutées ?

On nous écoute beaucoup, mais on nous entend peu. C’est ce que nous répétons depuis mes premiers mandats, en 2019. Il faut aussi écouter et entendre le consommateur, celui qui votera l’année prochaine. Quand il investit dans son chauffage comme dans son moyen de transport, il regarde son confort et son usage, pas une directive gouvernementale. Le plan d’électrification est nécessaire, pour le climat et pour être moins dépendant des énergies fossiles importées, c’est une évidence. Mais il faut le mener en écoutant les attentes de nos concitoyens.

Les bioénergies semblent délaissées par les aides. Comment regardez-vous ces filières ?

Nous avons besoin de cette mixité énergétique. Quand la PPE est sortie avec son plan d’électrification, la FFB a alerté : la décarbonation prendra du temps. Le renforcement des réseaux Enedis représente plusieurs milliards d’investissements sur dix ans, et la construction de centrales nucléaires est longue et coûteuse. Pour les dix à vingt ans à venir, il va falloir cranter. En milieu rural, on aura besoin de biofioul, de bois, de granulés ou de plaquettes là où la matière est disponible à proximité.

Quant au gaz vert, je ne comprends pas qu’on lui mette encore des freins : il est décarboné, produit localement par nos agriculteurs via la méthanisation. C’est une production à soutenir, pas à importer. Moi qui suis au fin fond de la Seine-et-Marne, là où l’on ne peut pas toujours tirer du triphasé, je suis bien content de pouvoir hybrider les systèmes, au biofioul ou au gaz vert. Le biofioul s’installe d’ailleurs sur le marché, porté par des réseaux de distribution désormais présents un peu partout en France.

Cette rentrée ouvre la campagne électorale. Quelles seront les attentes de l’UMGCCP ?

À la FFB, notre président Frédéric Carré a été très clair, notamment lors de la REF avec le Medef : le mot courage n’est pas anodin. Il faudra le courage de changer un certain nombre de choses et d’adapter notre vision des dépenses. Il faudra aussi relancer le logement, car nos plombiers-chauffagistes et nos couvreurs travaillent également dans le neuf, et les Français ont besoin de se loger. Le logement, ce n’est pas une dépense, c’est de l’investissement. Une fois qu’on aura compris cela… Quand le bâtiment va, tout va : faisons en sorte que le bâtiment aille, et le reste ira un peu mieux.

 

Pascal Housset en cinq dates

1994 : Fonde Réalitherm en Seine-et-Marne

2021 : Président de l’UMGCCP

2021 : Président de l’Association française de la ventilation

2026 : Vice-président de l’Afpac

2026 : Cède Réalitherm au groupe SATEP