Patrice Ruaz, directeur opérationnel de Gree Products France, importateur exclusif de la marque chinoise Gree, revient sur l’implantation française du fabricant, sur la prudence qu’inspire le marché de la pompe à chaleur air/eau et sur le pari de l’air/air comme solution de confort accessible à tous.

 
 

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Présentez-nous Gree en quelques mots...

Gree est un fabricant de climatisation et de solutions de réfrigération et de conditionnement d’air. C’est le leader mondial du secteur, présent dans 190 pays et régions, avec la capacité de développer et de produire des solutions techniques adaptées aux besoins de chaque marché. Le groupe a d’abord fabriqué pour le compte d’autres marques avant de concevoir ses propres produits sous sa marque, ce qui lui a valu une croissance très rapide. L’activité française a réellement démarré il y a huit ans, en s’appuyant sur la distribution professionnelle.

L’offre a été construite par des professionnels du génie climatique, riches d’expériences partagées en installation, en distribution et en fabrication, avec la volonté de proposer une offre qualitative correspondant aux besoins réels du marché français. J’en ai pris la direction en 2021, avec une trentaine d’années d’expérience dans le domaine. Le marché français est exigeant : il fallait des moyens pour se distinguer de l’image parfois négative associée aux fabricants chinois, alors que leur compétence technique est aujourd’hui très forte et reconnue dans le monde entier.

Le marché de la PAC air-eau s’est emballé puis effondré, avant une ambition réaffirmée. Quel sentiment cela vous inspire ?

Un sentiment de prudence. Gree a beaucoup investi : un siège France à Montpellier, une base logistique dont nous assurons nous-mêmes les expéditions, par choix de qualité, et un centre de formation destiné à familiariser nos partenaires distributeurs et installateurs avec les produits. Le marché de l’air-eau a connu une dynamique à contresens, un marché sous perfusion. Notre gamme couvre le monobloc, l’all-in-one et le bibloc dans toutes les puissances, jusqu’aux groupes refroidisseurs de forte puissance. Nous restons présents, mais avec une vigilance forte, en attendant de voir comment le marché et les aides comme les CEE vont se stabiliser.

L’air-air est la technologie qui vous rend le plus confiant. L’Europe va-t-elle s’y mettre massivement, comme le reste du monde ?

Les deux vagues de canicule ont joué un rôle d’accélérateur. L’air-air est un marché plus accessible, avec des solutions plus abordables. Payer son énergie un peu moins cher et bénéficier d’un confort tout au long de l’année est un droit, en particulier pour les personnes âgées et pour les structures collectives : crèches, écoles, Ehpad. Gree développe des solutions air-air économiques couvrant les trois vecteurs, chauffage, climatisation et production d’eau chaude sanitaire. Ces marchés ne sont pas soutenus par des aides publiques, mais ils pourraient être rapidement stimulés par la TVA à 5,5 % annoncée pour septembre.

Tous les signaux montrent un climat de confiance autour des solutions air-air.

L’air-air souffre-t-il encore de quelques préjugés ?

Oui, et il faut les balayer. L’élan technologique des quinze dernières années a donné des produits confortables et techniques. L’enjeu n’est pas tant les températures très basses que la chaleur latente et l’hygrométrie, qui pèsent sur les cycles de dégivrage et donc sur la performance des équipements. La technologie répond aujourd’hui à ces besoins. Le point de vigilance, c’est d’apporter cette solution à des clients au budget contraint et qui sont dans la nécessité de s’équiper. Beaucoup de ménages peinent par ailleurs à se chauffer à cause de systèmes énergivores : un produit capable d’assurer un confort annuel tout en préservant le pouvoir d’achat va dans le bon sens.

Le logement collectif est sans doute le plus exposé aux vagues de chaleur. Quel rôle pour l’innovation ?

C’est l’enjeu essentiel, car il concerne des occupants d’immeubles souvent dépourvus de balcon, donc sans plan B pour installer un système individuel. Les réponses existent : production de chaleur collective, systèmes à débit de réfrigérant variable déjà éprouvés dans le petit tertiaire et le tertiaire, comptage d’énergie permettant une répartition des consommations au millième ou à la consommation réelle. C’est tout à fait envisageable techniquement. À condition de mener en parallèle des travaux d’isolation dans leur globalité, toitures, murs, fenêtres, huisseries, sans oublier la ventilation, qui parle particulièrement aux professionnels du génie climatique.

La consommation d’électricité induite par la PAC air-air est-elle un problème ?

Notre premier rôle est de donner accès au confort au plus grand nombre, le deuxième de décarboner. Et nous bénéficions d’un atout majeur : un parc nucléaire qui fournit une énergie primaire abondante, relayée par le photovoltaïque excédentaire. Cette électrification du métier va soutenir le développement de l’air-air comme de l’air-eau. L’air-air, j’insiste, n’est pas boosté par des aides comme cela a pu exister par le passé, mais offre une solution à un budget intéressant pour l’ensemble des ménages. Les signaux de la distribution, engagements sur des stocks et commandes, traduisent un climat de confiance.

Le gouvernement a publié les arrêtés réservant la bonification CEE aux PAC air-eau assemblées en Europe. Gree, dont les usines se situent dans le sud de la Chine, réfléchit-il à des sites en Europe ?

Nous ne sommes pas dans ce dispositif pour l’instant. Nous l’avons constaté, et c’est une bonne chose. Mais l’origine géographique ne doit pas devenir un combat opposé à la performance énergétique. Sur l’assemblage notamment, l’origine laisse toujours planer un doute sur ce qui est réellement réalisé là où on le pense. Le sujet prioritaire, au-delà de l’origine de fabrication, reste pour moi d’apporter des solutions techniques à un budget atteignable pour l’ensemble de la population exposée aux fortes chaleurs comme aux températures basses.

Vous êtes importateur d’une grande marque chinoise et citoyen français, concerné par l’industrialisation. La France et l’Europe ont-elles déjà perdu une partie de cette bataille ?

Le marché mondial est largement porté par l’Asie, avec des fabricants japonais, coréens et chinois, et il crée des millions d’emplois. Non, la bataille n’est pas perdue. Mieux vaut se concentrer sur la transition énergétique à mener que sur l’origine des produits. La performance sur l’énergie primaire est là ; il nous reste à bien déployer la performance secondaire. La distribution et l’installation génèrent par ailleurs beaucoup d’emplois sur notre territoire. Gree France, c’est aujourd’hui environ 70 personnes : la société a beaucoup évolué en cinq ans, avec des recrutements d’ingénieurs, de formateurs, de techniciens et de commerciaux. C’est un secteur moteur pour l’emploi dans les années à venir.

 

Patrice Ruaz en quatre dates

1991  : BT en génie climatique

2001 : Rejoint Eurofred

2008 : Rejoint Clim+

Depuis 2021 : Directeur de Gree Products France