Fedene
La Fédération des services énergie environnement publie ce mois-ci un plan de 27 propositions concrètes pour faire face à la crise énergétique en cours et se prémunir des suivantes. Parmi elles, quinze peuvent produire des effets dès maintenant, sans attendre.

 
 

Le constat de la Fedene est limpide : la chaleur représente la majorité de la consommation énergétique française, et près des deux tiers sont encore couverts par des énergies fossiles importées. Autrement dit, chaque pic de prix du gaz se répercute directement sur la facture des ménages et la compétitivité des entreprises. La fédération en tire une conclusion simple : agir sur la chaleur, c'est agir là où l'effet est le plus rapide et le plus massif.

Des gestes sans coût, des résultats immédiats

Premier levier mis en avant : le pilotage des installations. Décaler le démarrage de la saison de chauffe de quelques semaines lorsque la météo le permet, maintenir strictement les consignes à 19 °C, régler les chauffe-eau à 55 °C, optimiser les réduits de nuit selon les périodes d'occupation... Ces mesures sont à coût nul et à effet immédiat. La Fedene rappelle que l'agrégation de mesures similaires lors du plan de sobriété 2022-2023 avait permis une réduction des consommations de 8 à 10 %.

La fédération préconise également de réintroduire une fiche CEE dédiée aux systèmes de régulation dans les bâtiments collectifs, ainsi que d'adapter certaines fiches CEE à l'exploitation des piscines municipales, dont le potentiel d'économies est réel et insuffisamment mobilisé.

Rénovation : cibler les passoires, garantir les résultats

Sur le volet rénovation, la Fedene plaide pour recentrer les aides MaPrimeRénov' Copro sur les logements classés E, F et G, avec l'objectif d'atteindre au minimum la classe D après travaux. Elle demande par ailleurs de systématiser le recours aux contrats de performance énergétique (CPE), aussi bien dans le secteur privé que dans les bâtiments publics, en achevant la transposition de l'article 29 de la directive européenne EED qui oblige à y recourir pour les grands bâtiments de plus de 750 m².

Fonds chaleur, géothermie, PAC : débloquer les projets qui attendent

Du côté de la décarbonation, la fédération tire la sonnette d'alarme sur le Fonds chaleur : depuis 2024, les enveloppes disponibles sont largement inférieures aux besoins, et la file d'attente des projets s'allonge. Elle réclame une enveloppe complémentaire d'urgence et la construction d'une trajectoire pluriannuelle pour redonner de la visibilité aux opérateurs et aux collectivités.

Autre point de blocage identifié : la géothermie profonde. Plus d'une centaine de projets sont recensés en France, dont les deux tiers en Ile-de-France. Problème : les dossiers s'accumulent faute de ressources humaines suffisantes dans les services instructeurs. La Fedene demande des renforts ciblés pour débloquer cette dynamique.

Sur les réseaux de chaleur, deux mesures réglementaires sont aussi proposées : étendre la définition du taux EnR&R dit "efficace" aux pompes à chaleur afin de mieux valoriser leur contribution, et inclure dans ce calcul la chaleur produite par de l'électricité renouvelable autoconsommée sur site.

L'industrie, parent pauvre de la décarbonation thermique

Le plan ne s'arrête pas au bâtiment. La Fedene pointe également la lenteur des raccordements électriques pour les projets industriels et les réseaux de chaleur, et propose de revoir les priorités de la file d'attente : les projets prêts à soutirer du courant en premier, ceux qui réduisent le plus les émissions en priorité. Elle demande par ailleurs la transposition rapide, en droit français, de l'extension des secteurs éligibles au mécanisme de compensation des coûts indirects du carbone (CCI), permise par une décision de la Commission européenne du 23 décembre 2025.

Un plan calibré, pas un voeu pieux

Ce qui distingue ce plan de sobriété des exercices habituels de lobbying sectoriel, c'est son système de cotation explicite : chaque mesure est notée sur sa temporalité, son impact, sa complexité de mise en oeuvre et son coût pour les finances publiques. Résultat : un outil de priorisation lisible pour les décideurs publics, au moment où les arbitrages budgétaires sont sous contrainte maximale.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement.