L'acquisition d'Engie My Power par Reno.energy, annoncée le 5 mai 2026, redistribue les cartes sur le marché de l'énergie résidentielle en France. La filiale photovoltaïque du groupe Engie dédiée aux particuliers change de mains et devient Reno.energy My Power, propulsant d'emblée son nouvel actionnaire au rang de premier opérateur solaire résidentiel du pays.
Une consolidation rapide
Fondée en Belgique, Reno.energy a construit sa présence française en deux temps. En 2024, l'acquisition de Milliot Green lui a ouvert le marché hexagonal, avec une première orientation vers les segments professionnels et publics. En 2025, l'entrée au capital du groupe Eoden a renforcé sa surface financière. L'intégration d'Engie My Power constitue la troisième étape de cette stratégie de croissance externe, et la plus structurante : elle apporte au groupe des sites opérationnels à Paris, Montpellier et Bordeaux, des équipes françaises formées, un réseau de sous-traitants établi et un portefeuille clients existant.
Le marché photovoltaïque résidentiel français, en pleine consolidation depuis plusieurs années, voit ainsi émerger un acteur de taille critique, capable de peser face aux grands énergéticiens et aux réseaux d'installateurs indépendants.
Le CVC dans la feuille de route
Ce qui retient l'attention du secteur du génie climatique, c'est la trajectoire annoncée au-delà du solaire. Reno.energy affiche clairement son intention de dépasser le photovoltaïque pour construire une offre de performance énergétique globale. Le chauffage, la climatisation et la ventilation (HVAC selon la terminologie du groupe) figurent explicitement parmi les briques que l'entreprise entend intégrer à son modèle, aux côtés du stockage par batterie, de la mobilité électrique, de la rénovation énergétique et de la gestion technique des bâtiments.
Cette logique d'intégration n'est pas nouvelle dans le secteur, mais elle prend ici une dimension industrielle : Reno.energy entend standardiser ses processus et ses technologies à l'échelle européenne, tout en s'appuyant sur des équipes locales pour maîtriser les spécificités réglementaires et opérationnelles propres à chaque marché. En France, cela implique notamment de naviguer dans un environnement complexe : MaPrimeRénov', RE2020, certificats d'économies d'énergie, décret tertiaire, sans oublier les évolutions en cours sur les aides à l'installation des pompes à chaleur.
Un modèle "energy-as-a-service"
Sur le plan commercial, Reno.energy mise sur un modèle d'abonnement à la performance, combinant installation, pilotage digital et services récurrents. Une application mobile de gestion de l'énergie, déjà lancée en Belgique, sera déployée en France à l'été 2026. Ce positionnement vise à fidéliser les clients dans la durée, au-delà de l'acte d'achat initial, et à générer des revenus récurrents sur l'ensemble du cycle de vie des installations.
Jordan Poupart, ancien directeur adjoint d'Engie My Power, prend la direction générale de Reno.energy My Power, assurant une continuité opérationnelle dans la phase de transition.
Un marché à surveiller
Pour les professionnels du CVC, cette recomposition du paysage énergétique résidentiel mérite attention. Un acteur disposant d'une base installée solaire massive, d'une application de pilotage et d'une ambition affichée sur le chauffage et la climatisation représente un nouveau type de compétiteur, ou de partenaire potentiel, selon les positionnements. L'articulation concrète entre l'activité photovoltaïque et les métiers du CVC reste à préciser, mais la direction est clairement annoncée.